Aussi bien, fort amusante, comme récit, cette légende de la Femme du Diable est-elle encore tout-à-fait intéressante et attirante au point de vue de la langue, d'une langue riche et savoureuse comme les raisins dorés de nos vignes, une langue gaillarde et bien portante qui me fait ajouter, en finissant, un nouvel éloge pour Lafon-Labatut, et le plus précieux peut-être.

Je le louais tout à l'heure d'être très-Français en étant bon Périgourdin. Après avoir lu la Femme du Diable, je dirai que, dans ce curieux petit poème, le mélancolique songeur des Insomnies montre qu'il a dans les veines du sang pur de la vieille Gaule.—Grande et rare vertu pour un écrivain d'avoir pour aïeux Montaigne, Rabelais, Mathurin Régnier, tous ces gens au libre parler, au verbe pittoresque!

C'est le génie gaulois qui fait la puissance de la France et lui communique sa sève éternellement jeune. Et quand on nous parle si souvent de nos origines latines, de la race et des vertus latines, n'oublions pas que nous sommes plus Gaulois encore, plus Celtes que Latins, et que le premier de nos aïeux, le plus grand peut-être, fut ce Vercingétorix qui lutta contre le César latin et donna sa vie pour ce qu'il avait déjà appelé, lui, l'ancêtre:—l'Unité de la Patrie!

JULES CLARETIE.

Paris. Août 1878.

NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR J. LAFON-LABATUT

La muse qui jadis de ses yeux l'a privé,
Cette muse, à la fois et propice et funeste,
A dans tous ses accords mis un charme céleste.
(Homère, traduction par A. Bignan.)

L'amitié d'un homme qui restera une des gloires les plus pures du Périgord me fait un devoir de consacrer ces quelques lignes à sa mémoire. Que ne puis-je, en cela, apporter une plume moins inexpérimentée!... J'ai connu un peu tard cette nature d'élite, assez, néanmoins, pour pouvoir apprécier toute la vérité du célèbre aphorisme de Voltaire, et, s'il ne m'a pas été donné de jouir plus longtemps de ce «bienfait des Dieux,» c'est que la mort, la cruelle, vient de me priver d'un maître au moment où ses leçons allaient enfin porter leurs fruits.

Quoi qu'il en soit, me saura-t-on gré, peut-être, d'avoir réuni dans cette notice les principaux événements d'une vie féconde en infortunes et qui fut celle de notre regretté poète Joseph Lafon-Labatut.