—Prends-moi, prends—moi!... Moi d'abord! moi d'abord!
La méchante grue les faisait monter sur son dos l'un après l'autre, allait vers un grand rocher situé à peu de distance, les jetait dessus et les mangeait selon son bon plaisir.
—Mon amie, c'est avec moi que tu as eu le premier entretien d'amitié, pourquoi me laisses-tu ici et emportes-tu les autres? Sauve-moi donc la vie aujourd'hui.
La méchante grue, lorsqu'elle entendit cela, pensa: je suis dégoûtée de la chair de poisson; aujourd'hui donc je me servirai de cette écrevisse comme d'assaisonnement. Et elle fit monter l'écrevisse sur son dos et se mit en route vers le rocher du supplice.
L'écrevisse vit de loin une montagne d'ossements sur le rocher; elle reconnut les arêtes de poissons, et demanda à la grue:
—Mon amie, à quelle distance est ce lac? es-tu bien fatiguée par mon poids?
—Écrevisse, répondit la grue, comment peux-tu croire qu'il y a un autre lac? Je l'avais inventé pour subsister. Maintenant donc, rappelle en ta mémoire ta divinité tutélaire, car je vais te jeter aussi sur ce roc et te manger.
Mais quand elle eut fini de parler, son cou tendre et blanc comme une tige de lotus fut saisi et serré par les pinces de l'écrevisse, si bien que la grue cessa de vivre. L'écrevisse prit ensuite le cou de la grue et tout doucement retourna à l'étang.
—Ah! écrevisse, pourquoi es-tu revenue? demandèrent, en la voyant, les animaux aquatiques, s'est-il montré quelque présage? Et la grue, pourquoi tarde-t-elle? Nous sommes tous chagrins de ne pas la voir paraître.
Lorsqu'ils eurent ainsi parlé, l'écrevisse dit en riant: