Tout en réfléchissant ainsi, je jouais machinalement avec un gros anneau de fer qui était à mes pieds. Il avait été jadis scellé dans le sol; mais il ne tenait presque plus, et, en jouant, je l'avais involontairement arraché. Je m'amusais, maintenant, à le faire sauter en l'air, et quand il retombait, je le recevais au bout de ma trompe. Tout à coup les regards de M. Oldham tombèrent sur moi; et il se mit à m'observer attentivement. Le jeu qui m'occupait sembla l'intéresser fort, et il demanda à un des hommes attachés au service du port:

—Connaissez-vous le maître de cet éléphant?

—Certes, répondit l'autre, c'est un pauvre homme qui s'emploie à décharger les navires.

—Il est le maître d'un animal bien intelligent.

Et ce fut tout. Pourtant M. Oldham ne cessait de me regarder; et moi, je mettais mon amour-propre à ne jamais manquer l'anneau chaque fois qu'il retombait. Et M. Oldham poussait des ah! et des oh! admiratifs. Et il murmurait:

L'éléphant jongleur: voilà un titre qui ferait bien sur nos affiches.

Cependant on commençait à décharger les bagages de M. Oldham et de ses amis. C'étaient de grandes caisses aux formes bizarres, c'étaient des paquets de cordes, des paquets de bâtons et maints objets emballés à peine et dont je ne pouvais deviner l'usage. Puis l'on sortit du navire de grands chariots, des cages avec des animaux divers, et enfin je vis amener des chevaux, qui semblaient encore tout étonnés du voyage qu'ils avaient fait.

—Voilà d'étranges voyageurs, me disais-je, et qui traînent avec eux de curieux bagages.

On chargea les caisses et les paquets sur les chariots auxquels on attela les moins beaux des chevaux; des hommes qui étaient évidemment les serviteurs de M. Oldham et de ses compagnons prirent les chevaux à la bride, ou montèrent sur les chariots; et tous allaient quitter le port quand revint enfin Moukounji.