Ces principes sont parfaitement observés dans la toilette antique. Voyez les peintures des vases grecs, et voyez les figurines de Tanagra. Dans ce système, le moindre changement d'attitude se traduit par des déplacements de plis du vêtement tout entier: en sorte que, malgré la simplicité et l'uniformité des pièces de leur habillement, les Tanagréennes offrent des silhouettes et des arrangements de lignes beaucoup plus variés et plus imprévus que ne font nos Parisiennes avec leur harnachement si compliqué.
Autre remarque: le costume grec ou latin est le même, dans son principe, pour l'homme et pour la femme. Il ne dissimule pas la différence des sexes, mais il ne s'attache pas à l'accentuer. La tunique n'est qu'une stola plus courte. Les habits des hommes se drapent aussi largement que ceux de leurs compagnes. Le vêtement est, pour l'un et pour l'autre sexe, flottant et décoratif.
Regardons maintenant la toilette de nos contemporains. Nous reconnaissons aussitôt qu'elle part de tout autres principes. Deux choses sautent aux yeux:
- 1º le costume est toujours, plus ou moins, ajusté;
- 2º il diffère très profondément, selon les sexes.
Sans doute, le vêtement ajusté a pu, à l'origine, s'expliquer par le climat, contre lequel il était utile de se prémunir. Mais il est clair que cette utilité n'est plus présente que très accessoirement à l'esprit de nos tailleurs et de nos couturières. Aucune des règles que je rappelais n'est observée aujourd'hui dans la toilette féminine. Le corsage ne se contente pas de s'appliquer au torse de la femme pour le protéger: il le comprime et le repétrit. Les étoffes sont tendues sur des armatures rigides qui modifient très notablement la forme de la poitrine. Et, de dix ans en dix ans, les jupes, tour à tour trop amples et trop étroites, s'étalent sur des contours artificiels et démesurés, ou épousent du plus près possible les contours réels: deux façons diverses de nous communiquer une même impression.
Quelle impression?
On a pris à tâche d'exagérer toutes les parties que la nature a faites plus saillantes dans le corps féminin: la poitrine, les hanches, la croupe et même, dans une mesure plus discrète, le ventre. Ce résultat a été surtout obtenu par une compression forcenée de la taille. Et des artifices de détail sont venus compléter ce premier artifice. On a augmenté le relief des contours par le corset et, suivant les temps, par les paniers et la tournure, ou, au contraire, par le fourreau qui bride les cuisses. Sans compter les manches à gigot qui amincissent encore la taille, ou les hauts talons faits pour jeter le buste en avant et pour imposer aux mouvements du corps une gêne qui révèle mieux les formes. D'une façon générale, la femme a été à la fois considérablement amplifiée—et coupée par le milieu.
Vous voyez les effets de cette division. L'unité du corps féminin étant rompue, on ne l'embrasse plus aussi facilement d'un seul regard; mais nos yeux sont tour à tour attirés sur les deux parties qui le composent et, dans chaque partie, sur les proéminences. En somme, la ceinture telle que l'entendent nos contemporaines, non plus souple et commode comme chez les femmes antiques, mais totalement déformatrice du corps, et jusqu'au renversement des proportions de la cage thoracique, divise résolument la femme en deux—pour localiser notre attention.
Bref, la toilette féminine est devenue, essentiellement, expressive du sexe.