Elle est sans doute restée décorative dans le détail de ses ornements—où la «décoration» prend d'ailleurs, de plus en plus, un caractère de curiosité archéologique. C'est ainsi que, depuis vingt ans, nous avons vu passer en fantaisies changeantes, dans la parure des femmes, maintes réminiscences discrètes ou hardies de ce qu'elles ont trouvé de joli ou d'extravagant dans les modes de leurs aïeules ou dans les costumes nationaux de tous les pays du monde. Mais la grande originalité de la toilette féminine, c'est bien, au fond, d'exprimer ce que j'ai dit.

De là son charme étrange. Je n'ai point à rechercher si ce charme n'a pas sa rançon: maux d'estomac et d'entrailles, anémie, migraines, métrites, couches avant terme, etc. Ajoutez l'absurdité et l'abomination, au point de vue social, d'un système de toilette entièrement incompatible avec la grossesse: en sorte que cet état si véritablement «intéressant», qui ne se trahissait dans la toilette antique que par un léger surcroît d'ampleur, apparaît à une jeune femme de nos jours comme je ne sais quoi de monstrueux et qui la signale risiblement aux regards.

Le corset est la pièce essentielle et secrètement génératrice de tout l'ajustement féminin: et la maternité ni l'allaitement ne souffrent le corset. Tirez la conclusion: elle est lamentable. La toilette actuelle des femmes est l'irréconciliable ennemie de leurs devoirs naturels: voilà la vérité.


Passons au vêtement des hommes. À aucune époque, je crois, il n'a été si profondément différent de celui des femmes.

Les contours du corps féminin s'éloignent très sensiblement de la ligne droite: la toilette s'applique à les en éloigner encore. Les contours masculins s'en éloignent beaucoup moins: la toilette les en rapproche le plus possible. Tandis que la toilette de nos compagnes a pour fin suprême l'attrait du sexe et ne se soucie point de la commodité, c'est de la commodité presque seule que notre costume se préoccupe. Il a fini par faire avec le leur un contraste absolu.

La démocratie a aidé à cette évolution, en supprimant, surtout pour les hommes, les différences de costume entre les classes.—Aujourd'hui, il n'y a plus que les femmes qui se parent de «jabots», de «petites oies», de rubans, de dentelles et de fanfreluches, et qui arborent de beaux tissus aux couleurs éclatantes. Chez nous autres, les différences ne sont que dans la qualité cachée des étoffes et dans leur coupe plus ou moins savante et précise. L'invention des élégants se confine dans la cravate, dans le velours d'un col, le plissé d'une chemise, ou dans le soin des «dessous». Mais un ouvrier proprement mis se rapproche beaucoup d'un bourgeois négligé.

Il ne faut pas s'en plaindre. L'uniformité pratique de la mode virile, s'opposant au bariolage, à la diversité superficielle et aux artifices contraignants de la mode féminine, signifie aux yeux que l'homme est né pour agir et la femme pour plaire, et nous suggère cette idée que l'extrême différenciation des costumes entre les sexes est peut-être une des marques de l'extrême civilisation.

La toilette féminine n'est pas commode: elle est même meurtrière. Elle est immorale aussi, puisqu'elle est antimaternelle et antinourricière: mais elle est délicieuse.

Le vêtement masculin n'est pas délicieux: mais il est si commode!