Mais, en chemin, voyant son compagnon très poli et le sentant presque aussi timide qu'elle, elle s'enhardit, lui explique qu'elle est de la campagne, des environs de la Ferté-sous-Jouarre; que ses parents, de petits cultivateurs, la croient en service à Paris; et que, ayant tué leur porc à l'occasion de la Noël, ils lui ont envoyé tout un panier de provisions «pour faire une politesse à ses bourgeois».
—Je n'ai pas encore pu y goûter, continue-t-elle. Manger ça toute seule... ça durerait trop longtemps... Et puis ça me ferait trop gros cœur... Alors, Monsieur, si ça ne vous gênait pas... au lieu d'aller à la brasserie, nous rentrerions chez moi tout de suite... je ferais cuire le boudin et les crépinettes... Ça serait gentil et ça me ferait tant de plaisir!
Il lui demande:
—As-tu de la moutarde?
—Tiens, dit-elle, c'est drôle, je n'y avais pas pensé.
Il entre chez un épicier, achète un pot de moutarde, plus une bouteille de Champagne à trois francs. Il monte, derrière la fille, au cinquième d'un petit hôtel garni de la rue Cujas, étroit comme un phare.
Description brève de la chambre. Il y a, sur la commode, des photographies de paysans endimanchés.
—C'est mes parents, dit-elle.
Elle fricote le boudin et la saucisse dans un petit poêlon sur une lampe à essence... Puis ils se mettent à table... Elle lui raconte son histoire (que vous devinez); elle s'attendrit en la racontant; et ses larmes tombent sur le boudin...[Retour à la Table des Matières]