C'est ainsi que son âme chimérique de jadis continuait à parler par les lèvres ardentes de Frida. Elle croyait avoir concilié sa foi et son amour; mais tout son jeune sang murmurait en elle: «Je t'aime uniquement et je t'aimerai sans conditions si tu veux, car voilà que je suis vaincue. Je t'aime, même prince, et, quand tu serais le plus orgueilleux des tyrans, va, je t'aimerais toujours, et je ne pourrais faire autrement.»

Elle n'osait le dire tout haut; elle eût cru blasphémer. Et peut-être aussi ne s'avouait-elle pas encore que ce blasphème était dans son coeur… Seulement, elle vint de nouveau s'agenouiller aux pieds d'Hermann et, jetant ses bras autour du cou de son ami, elle l'attirait silencieusement vers ses lèvres…

En cet instant, une femme vêtue de noir entra par la porte de la terrasse.

Le revolver luisait faiblement, dans la demi-obscurité du salon, sur la table où l'avait posé Audotia Latanief.

Et, vers la même heure, curieux de sensations inéprouvées, le prince Otto se glissait au rendez-vous où l'attendait la petite-fille du garde…

XXIX

Le surlendemain, on lisait dans les journaux de Marbourg:

«Un deuil épouvantable, un double deuil vient de frapper la maison royale et tout le royaume d'Alfanie.

«Hier samedi, vers six heures du matin, un maraîcher de Steinbach trouva dans un fossé, sur le chemin qui longe extérieurement le parc d'Orsova, le cadavre d'un homme encore jeune et de haute taille et vêtu d'un costume de chasse. Il alla aussitôt prévenir le maire de Steinbach, qui télégraphia à Loewenbrunn. Le commissaire de police, s'étant transporté sur les lieux, accompagné de la gendarmerie, reconnut que la victime n'était autre que Son Altesse Royale le prince Otto. Le prince avait été frappé d'une balle, qui avait pénétré sous l'aisselle gauche. La mort avait dû être instantanée.

«Des traces de pas et d'herbe foulée menaient à la poterne du parc. D'autres traces conduisaient, à travers le jardin, jusqu'auprès des écuries. C'était évidemment là que le meurtre avait été commis.