—Tiens, c'est ma foi vrai.
Du moment qu'il n'avait décidément rien à attendre de son frère, Otto reprenait son attitude naturelle, et, dandinant son grand corps, les mains enfoncées dans ses poches:
—Qu'est-ce que j'y peux?… Ce n'est pas un cri séditieux. Si j'étais l'aîné, et toi le cadet, ils crieraient: «Vive le prince Hermann!» C'est clair comme le jour.
—Sais-tu qui les a payés?
—Ce n'est toujours pas moi: je ne suis pas assez riche.
—C'est toi! Et c'est toi qui as fait afficher dans la ville les placards que j'ai fait déchirer ce matin, où l'on me dénonçait au peuple comme jouant un double jeu, libéral dans mes déclarations publiques, mais secrètement allié à la réaction… Ne nie pas: j'ai les preuves.
—Quelles preuves? Des rapports de policiers qui font du zèle?… Tu me dis tout cela pour te dispenser de me rendre le petit service que je te demandais… Tu as tort, Hermann; je t'assure que tu as tort.
—Écoute, dit Hermann.
C'était la sonnerie du téléphone dans la pièce voisine. Deux ou trois minutes s'écoulèrent; les deux princes se taisaient. L'officier d'ordonnance entra et, apercevant Otto, parut hésiter.
—Vous pouvez parler, dit Hermann.