Le plan d’Ouvrard et sans doute de la Banque de Hollande, était comme la lune, qui toujours montre un côté, cache l’autre.
Le côté que l’on montra, à Bonaparte, ce fut Le grand ascendant que la France avait alors sur le vrai roi d’Espagne, le prince de la Paix, favori de la reine et du roi ; il espérait que Napoléon lui créerait une position indépendante et solide en Portugal.
Ce favori avait quelques bons sentiments, peu de génie, point d’énergie, d’activité. On était si misérable, que la cour ne bougeait pas, n’ayant pas même de quoi suffire à ses petits voyages. Ajoutez que la famine, une grande cherté des vivres désolait le pays. Ouvrard, le grand empirique, dit qu’il allait remédier à tout.
La reine, parfaitement d’accord avec le roi, prenait plaisir à montrer qu’elle favorisait le prince de la Paix, et combien il était puissant. Voilà Ouvrard, l’agioteur, qui se trouve admis dans l’intérieur, la familiarité du roi des Espagnes et des Indes.
C’est le bienfaiteur du pays. Du premier coup il fait cesser la famine, obtient de Bonaparte et des Anglais la sortie des blés de France. Avec sa facilité brillante, il étonne le prince des ressources qu’on va trouver et de la renaissance qu’il prépare au pays. Miracle ! à l’instant l’argent coule. La prudente Banque d’Amsterdam ne fait nulle difficulté de prêter à cette monarchie qui semblait ruinée. L’enthousiasme monte au comble.
Au point que le successeur de Charles-Quint et de Philippe II signe avec l’agioteur un traité de société :
« Société entre le Roi et Ouvrard, qui assure à celui-ci, pour toute la durée de la guerre, le commerce exclusif des deux Amériques ; l’extraction, la disposition de toutes matières d’or et d’argent ; la faculté de faire dans ces Amériques des emprunts garantis par leurs trésoreries, et remboursables par elles. »
La mer même, hostile et sauvage, s’aplanit. Lingots, piastres arrivent du nouveau monde. L’Espagne, par la Hollande, qui garde un gros bénéfice, paye à Napoléon les subsides promis.
Mais Ouvrard, ce grand poète, entrevoit, découvre un bien autre horizon : la mine immense et sans fond de l’Église espagnole, en Espagne, en Amérique.