L’idée plut à Kléber, à Jourdan, à Championnet, Le politique Bonaparte n’admit pas d’abord les Polonais dans l’armée française, mais dans les troupes italiennes.

Ils le servirent fort en Égypte. Puis, ce qui restait d’eux, il eut la barbarie de l’envoyer à Saint-Domingue, qui les dévora.

D’autres se présentaient, mais il les fondait dans ses troupes, les laissait rarement combattre à part, pour ne pas voir leurs services, se dispenser d’être reconnaissant.

Tout cela devait bien refroidir la Pologne ? Nullement[85]. Notre arrivée à Posen eut tout l’effet d’un cataclysme. Non seulement la population se précipite, mais s’aligne pour marcher avec nous. En sortant de Posen, ce sont quatre régiments de plus.

[85] Voy. plus loin, Somo-Sierra, 1807.

Bonaparte avait annoncé que Kosciuszko, allait venir de France. Mais ce héros, qui le jugeait parfaitement, non seulement ne bougea pas, mais démentit expressément le mensonge officiel.

N’importe. L’élan était donné. Le crédule Dombrowski était en avant. Bonaparte ne craignait qu’une chose, l’enthousiasme qui le forcerait de se prononcer. Il arrive à Varsovie, comme un coupable, dans l’ombre d’une soirée d’octobre. Vu aux flambeaux, il était, non plus le Bonaparte jauni et travaillé de flammes, des grandes batailles d’Italie, mais blême et qui déjà tournait à la graisse pâle.

Tous pleuraient. Lui, il passe, sombre, silencieux. Descendu à l’hôtel de ville, pour réponse aux harangues émues, il parle du climat : « Qu’il y a de la boue dans ce pays ! » Puis brusquement : « Messieurs, il me faut pour demain tant de blé, tant de riz. »

A quoi il ajouta une parole terrible, qu’on a rapportée diversement, mais qui serra le cœur : « Point d’excuses. Sinon je vous laisse au bâton russe. Je mets le feu, et je m’en vais ! »

D’autres assurent qu’il dit ce mot sauvage : « Il me faut votre sang ! » On frémit, et il répéta : « Ce qu’il me faut, c’est votre sang. »