En 1807 il avait conservé peu de signes de son origine italienne. Guéri de la maladie de peau qu’il avait eue longtemps, il devenait gras, un peu blanc, prenait un visage plus français. Mais il avait déjà perdu de sa flamme primitive, « de l’âcreté du sang qui, disait-il, fait gagner les batailles ». Il commençait, à vrai dire, « sa descente ».
A juger ses batailles d’Eylau et de Friedland, quoique la dernière fût une grande victoire, on peut dire qu’il baissait.
Soit négligence, soit orgueil, il n’y montra pas beaucoup de prévoyance. Et, s’il finit par vaincre ce fut en se corrigeant, et après coup.
Il le disait lui-même : « Je suis âgé. Alexandre qui est plus jeune profitera. »
Ce qui restait très fort en lui malheureusement, ce n’était plus son positif admirable, l’attention sérieuse à tout détail, dont il avait fait preuve dans ses guerres d’Italie. C’était une imagination de plus en plus exagérée et fausse, qui devait à la fin l’entraîner, le précipiter.
Cette imagination lui fit prendre pour l’entrevue des précautions qu’on trouva excessives. Il ne s’y hasarda que sur un radeau parfaitement découvert, au milieu du fleuve, entre les deux armées.
Il n’osa pas manger chez Alexandre ; une fois, il demanda du thé seulement, mais n’en but pas. Alexandre ne se fâcha point de cette prudence, et mangea plusieurs fois chez Napoléon.
Celui-ci se souvenait de la mort de Paul, voyant à côté d’Alexandre, Bénigsen, celui qui selon le récit prussien, les engagea à persévérer et à achever leur victime.
Certainement Alexandre n’eût pas ordonné un crime. Mais si quelqu’un de ces serviteurs si zélés, eût immolé Napoléon, comme Paul, Alexandre eût été indigné, eût pleuré sans doute, mais reconnu le doigt de Dieu, la vengeance du duc d’Enghien.
Tels sont en effet les mystiques. Sa mère et lui se résignèrent en pleurant à un fait, regrettable sans doute, mais qui les mettait sur le trône.