Revenons à Tilsitt :
Napoléon fit crier aux nôtres : « Vive le Czar ! » Et frappé de l’extérieur charmant d’Alexandre, s’écria : « Apollon ! »
Il croyait d’autant plus que cette belle et féminine figure serait aisément fascinée, opposerait peu de résistances à ses projets.
Alexandre débuta par le mot qu’il savait être le plus agréable : « Je hais les Anglais tout autant que vous. »
« Si cela est, la paix est faite », répliqua Napoléon.
Dès lors, l’effusion d’une si nouvelle amitié, n’a plus de bornes. — Et c’est le vainqueur qui offre tout.
D’abord, plus de Pologne, sauf le tout petit duché de Varsovie, enlevé à la Prusse, pour le donner à un Allemand, le roi de Saxe.
Alexandre se laisse donner par cet ami nouveau, si généreux, la plus précieuse dépouille de son alliée la Suède : la Finlande, tant convoitée de la Russie, depuis Pierre le Grand, comme la possession la plus désirable et nécessaire même, pour abriter Saint-Pétersbourg. La Finlande, ce roc, ce granit qui vaut un diamant, Alexandre la laisse enlever à son ami, et la prend pour lui-même, de la main de son ennemi.
Napoléon, de plus, lui abandonne ses amis d’Orient. Il ne défendra pas la Perse qu’il vient de soulever, ni la Turquie, notre plus ancien allié, qu’hier encore il a promis de soutenir. La Russie lui prendra les deux Principautés, Moldavie, Valachie, c’est-à-dire le Danube.
« Si la Turquie refuse ?… Eh bien, on prendra la Turquie elle-même »