Le voisinage de Varsovie, la contagion des réformes françaises, obligeaient à faire quelque chose[91]. Le peuple n’était nullement révolutionnaire. Il aimait le roi, comme une personne bienveillante et inoffensive.
[91] Hard., t. IX, p. 463.
Donc, on put faire sans danger toute réforme et municipale et civile, toujours au nom du roi.
Dans ces réformes, il est dit que les bourgeois peuvent acquérir du bien noble, et morceler les grands domaines. A partir de 1810, le servage sera aboli.
Aux vieilles corporations municipales, intéressées et immuables, qui s’éternisaient dans leur privilège lucratif, on substitue des municipalités gratuites, éligibles tous les ans sous la présidence d’un inspecteur royal, et qui auront à leur tête deux bourgmestres dont le roi nommera l’un.
Ainsi, pour rassurer le peuple contre la noblesse, on met partout le roi, comme tuteur des libertés publiques[92].
[92] Cependant on pouvait prévoir ce qu’on a vu de plus en plus, que, le danger passé, la royauté non seulement ferait cause commune avec la noblesse, même susciterait une autre noblesse moins ancienne et plus arrogante.
En même temps, un nouveau ministre de la guerre, le Hanovrien Sharnhorst, ouvre à la bourgeoisie les grades supérieurs de l’armée, supprime toute exemption de service.
A ce mot-là l’armée, les agents de Napoléon (Davout, Daru) ouvrent pourtant l’oreille. Pourquoi ? C’est que la Prusse, par le traité, ne peut entretenir que 42 000 hommes. Alors elle imagine ce roulement rapide qui remplace sans cesse les recrues exercées par des recrues nouvelles, et qui en peu d’années va former deux cent mille soldats pour la bataille de Leipsick.
Comment Napoléon ne voit-il pas cela ? « Il faut, se dit-il, bien du temps pour former des Allemands et en faire des soldats. »