Le roi fut consterné de cette découverte. Dans son effroi, il sollicita l’appui de Napoléon qui, en retour de cette confiance, hâta, précipita l’envoi des troupes sur la frontière d’Espagne.

Napoléon voyait tout lui sourire. Non seulement il était pris pour arbitre dans cette querelle de famille, mais la nation elle-même était pour lui. A ce peuple imaginatif et fort épris de ses grands coups d’épée, il apparaissait comme un Cid. Ses soldats étaient admirés, bien reçus. L’Église même, ne sachant pas encore sa guerre avec le pape, qui n’éclata qu’en avril, l’Église le voyait comme restaurateur de la religion en France, et elle venait à lui.

Que voulait-il ? Le savait-il lui-même ? Plus tard, il s’est vanté de n’avoir eu qu’une seule idée : Régénérer l’Espagne. Mais comment ? Par vingt projets qui se croisaient les uns les autres.

La situation qui devint bientôt sanglante, funèbre, était dans son principe, étrangement folle, un véritable carnaval.

Napoléon avait dans la main je ne sais combien de rois d’Espagne.

D’abord le vieux Charles IV qui se serait sauvé en Amérique s’il l’avait pu. Il abdiqua par peur, puis révoqua son abdication, se sauva chez Napoléon, c’est-à-dire dans le danger même.

2o Ferdinand que l’Espagne adorait, malgré sa figure atroce, se laissa mener aussi dans les pattes de l’araignée.

Enfin, Murat, qui sur quelques paroles obscures de Napoléon, avait conçu l’espoir d’avoir ce grand empire.

Pendant ce temps, Bonaparte offrait secrètement l’Espagne à son frère Louis, qui eut le bon sens de refuser. Joseph en aurait fait autant, s’il avait pu. Mais il ne lui en laissa pas le temps. On le fit venir, et on le fit roi d’Espagne, bon gré, mal gré.

On verra la longue souffrance de Joseph, martyr d’une couronne qu’il n’eut vraiment jamais. Un jour, les Anglais, sous le nom de Ferdinand, prenaient l’Ouest ou le Midi. Un autre jour, l’intrigant Soult se constituait à peu près roi de l’Andalousie. Mais le plus fort c’est que Napoléon regrettait d’avoir donné l’Espagne et de toute manière voulait la reprendre.