Contre cette vaillance colérique, emportée, qui avait à Baylen fait triompher les bandes espagnoles des fameux soldats de la France ? Toute l’Europe en savait le secret ; le nom seul de la liberté avait fait ce miracle.

La liberté contre Napoléon, c’est l’universel mot d’ordre. On l’attestait, même à Saint-Pétersbourg, contre l’alliance française. L’Autriche, jusque-là le fort du despotisme, le centre du parti rétrograde, pourrait-elle changer de rôle et de langage, prendre pour ralliement un mot si odieux, emprunté à la France, à la Révolution ? On l’essaya avec succès dans le Tyrol contre les Bavarois. On osa même l’employer en Italie, on crut organiser certains foyers d’insurrection. Tout cela de mauvaise grâce, avec peu de succès, dans une peur visible de trop bien réussir.

Que serait-ce, se disaient entre eux les archiducs, si tous nos barbares du Danube allaient comprendre et répéter ce fatal Shiboleth ! L’Autriche, en prononçant ce mot, le craignait elle-même, comme le magicien, qui frémit de ses propres incantations, de ses appels aux puissances infernales.

Tous les récits qu’on fait de la guerre de Wagram ne me satisfont guère, et même impliquent bien des choses contradictoires.

On raconte les paroles menaçantes de Napoléon à l’ambassadeur d’Autriche, disant qu’il voyait bien qu’elle préparait la guerre. Et en effet, il savait que le parti de la guerre était maître de Vienne, que l’empereur d’Autriche (remarié) était poussé par sa jeune femme à s’armer, ainsi que par la haute société, et même par l’ambassadeur de Russie, qui tenait peu de compte de l’alliance d’Alexandre avec Napoléon, enfin que l’Angleterre offrait des millions. Cela était patent. Et les discours des cortès espagnoles se vendaient publiquement dans Vienne.

Napoléon très informé, ne put être aucunement surpris. Il organisa en quinze jours ce passage rapide de ses officiers généraux, d’Espagne en Allemagne. Des Pyrénées au Rhin, ils traversèrent la France en poste, et trouvèrent déjà rendue en Allemagne la jeune armée qu’on opposait aux Autrichiens.

Cette campagne de Wagram, tant admirée, offre cependant maintes taches qui porteraient à croire que, non seulement l’armée avait baissé, comme le dit Napoléon, mais que lui-même n’était plus le même Bonaparte qu’il avait été autrefois.

Il eut d’abord le tort de se reposer sur Berthier pour les premières opérations d’une guerre si dangereuse, où il devait avoir devant lui l’Allemagne, pendant que, derrière, continuait la lutte espagnole. Le maladroit Berthier débuta par séparer à trente lieues de distance, Davout et Masséna, que l’empereur avait intérêt à garder tout près, suivant des deux côtés les rives du Danube. L’un était à Augsbourg, l’autre à Ratisbonne.

Napoléon enfin arriva, vit, corrigea cette bévue. L’archiduc Charles croyait occuper cet espace vide. Mais l’empereur y met 40 000 hommes Allemands et Bavarois, il se place au milieu d’eux, les charme par cette confiance. A leur droite, étaient Lannes et deux divisions françaises, qui leur ouvrent le chemin de la victoire, et font plusieurs mille prisonniers autrichiens.

Trois batailles sont livrées et gagnées par nos soldats (Abensberg, Landshut, Eckmühl), l’ennemi acculé au Danube. En quelques jours la campagne, par cette suite de brillants faits d’armes est terminée. Les deux ailes de l’armée ennemie sont rejetées l’une en Bohême, l’autre sur l’Inn. La route de Vienne est libre. Napoléon y entre sans trouver de résistance. La ville semble plutôt abandonnée.