Personne ne se souvint que, même pour obéir à la constitution, il fallait que le peuple y donnât son approbation préalablement à toute chose[7].

[7] Sur la constitution de l’an VIII, c’est-à-dire sur l’asservissement de la France, l’auteur principal et excellent est Gohier ; ajoutez les modernes, MM. Barni, Duvergier de Hauranne, Hamel, et M. Lanfrey, ici fort étendu et lumineux.

Cette misérable constitution, avant d’être faite, ni votée, était déjà suspendue, en ce qui touchait l’Ouest, les départements de Normandie, de Vendée, par une proclamation sauvage qui attribuait aux soldats (et aux habitants soumis) les biens des communes insoumises, et cela par petits lots pour créer une foule de petits propriétaires (d’autant plus tenaces). Bonaparte mit d’abord une ardeur terrible et toute personnelle à poursuivre et frapper leur chef. Frotté, vaillant homme qui, du bocage Normand, s’était souvent avancé avec succès en Normandie, avait fait contre Bonaparte une proclamation satirique, et cruellement exacte, accompagnée d’une gravure représentant le grand homme évanoui, et retombant aux bras de ses grenadiers.

On attira Frotté par la promesse de sa grâce ; il revint et fut fusillé.

CHAPITRE II
LUTTE DE LA FRANCE ET DE LA RUSSIE. — NELSON ET SOUVAROW EN ITALIE

L’histoire offre parfois des discordances extrêmes, des contrastes heurtés, et comme des caricatures, lorsque des peuples éloignés de génie, d’habitudes sont fortuitement rapprochés par des hasards de guerre, de politique. C’est ce qui arriva à la rencontre de deux siècles (de 99 à 1800, 1801) lorsqu’au milieu du duel séculaire de la France avec l’Angleterre et l’Allemagne, un nouveau personnage apparut, la Russie.

Non la fausse Russie de l’Allemande Catherine. Mais la vraie Russie du tsar Paul, de son général Souvarow.

Paul, caractère fantasque et discordant, mais bon, sensible, généreux, ami du droit, de la justice, et voulant par tout sacrifice faire triompher la justice en ce monde.

D’abord crédule à notre émigration, en qui il s’imaginait voir la vraie France, il embrassa cette cause. La sœur de Marie-Antoinette, la reine de Naples, Caroline réussit à l’intéresser, et quand déjà les Anglais et Nelson la défendaient, Paul envoya en Italie cent mille hommes avec son vaillant Souvarow, qui renversa tout devant lui jusqu’à ce que Masséna le vainquît à Zurich.

Puis, dégoûté de ses alliés qui l’avaient fort mal soutenu, Paul regarda la France, alors pacifiée ; il regarda l’Europe, dont toutes les puissances maritimes se plaignaient des Anglais.