Et cela d’un ton accusateur et menaçant, disant : « On peut doubler l’impôt ! »
Et, au lieu de rappeler en hâte l’armée d’Espagne et ses garnisons lointaines, il demande encore à la France tarie et épuisée, trois cent mille hommes !
Beaucoup de gens croyaient qu’il était fou. Talleyrand, dit-on, osa lui proposer l’idée bizarre et romanesque de s’entendre avec les frères Wellesley-Wellington et de les faire rois d’Angleterre !
Mais ce terrible fou était gendre de l’empereur d’Autriche. Les souverains, pour garder l’armée autrichienne, devaient mettre en avant quelques propositions de paix, par exemple, offrir à Napoléon de lui laisser l’ancienne France.
Bonaparte qui ne voulait rien que guerre, conquête et rétablir l’empire du monde refusa et nous perdit. On a vu qu’à Smolensk, il avait dit : « Je m’en vais revenir. »
Pour avoir ce dernier enjeu, 300 000 hommes, il lui fallait enfin compter avec la France. Il appela, fort tard, le Corps législatif. Celui-ci, d’abord assez docile, s’aperçut qu’on ne se fiait pas à lui, qu’on lui cachait les propositions des alliés. La nation s’éveilla à la fin, s’avisa de son propre sort.
Le vice-président de l’Assemblée était un avocat de Bordeaux, un homme des Landes, M. Lainé, austère et probe, que l’on croyait républicain et qui appartenait à une nuance mixte qui ne voulait rien que sauver la France, n’importe comment.
Mandé à la police par Rovigo, Lainé y fut très beau, il fit pâlir le meurtrier du duc d’Enghien, lui dit : « Ma conscience parle plus haut que vous. »
Bonaparte, qui avait perdu en parlages deux mois et demi, injuria le Corps législatif qui osait être ferme, lui reprocher les calamités de sa guerre éternelle ; il le chassa, c’est-à-dire se passa de la France.
Les alliés au contraire, par d’adroites proclamations, s’adressaient à elle et prétendaient ne rien faire que pour elle.