Les Bourbons ne firent rien pour eux.

La branche cadette, qui avait tant de vertus personnelles, ne montra pas plus de bonté. En Italie, en Pologne, quel essai d’intervention ? La répression sanglante de Saint-Merri et son durable succès indiquèrent longtemps d’avance comment une autre dynastie gagnerait, le 4 décembre 1852, sa victoire, non moins durable, et qui n’a fini que par les infamies de Metz et de Sedan.

Ainsi pendant soixante ans, sous trois royautés différentes, ce siècle fit lentement une grande œuvre qui restera : « L’effacement de la légende qui, si longtemps, fit croire au cœur royal, à la prétendue bonté que recèle, disait-on, le cœur des rois. »

Ce que la logique ne faisait pas, l’expérience le fit. Et ce siècle marcha définitivement, non pour la France seulement, mais pour l’Europe et le monde, « vers la République, vers le self-government, le gouvernement où l’homme, devenu majeur, fera désormais ses affaires lui-même ».

C’est l’histoire du siècle en deux mots. Il sera nommé le siècle où commença pour le monde, la majorité de l’homme.


Les historiens royalistes de la Restauration, dans leurs récits prolixes, abrègent et obscurcissent, tant qu’ils peuvent, le fait principal. Louis XVIII fit-il la Charte de son propre mouvement, comme le disent Capefigue et autres ? Ou bien, comme le dit Lamartine avec plus de vraisemblance, la fit-il malgré lui, pour obéir au plus puissant des alliés qui, sans cette concession, ne croyait pas que ce pays si agité pût accepter tout à coup le repos ? L’empereur Alexandre disait que, sans cela, il n’oserait évacuer la France, ou que, du moins il laisserait trente mille hommes à Paris.

Louis XVIII qui venait d’Angleterre, avait remercié le prince régent comme l’auteur unique de sa restauration. Les Anglais sont sujets à croire que le gouvernement représentatif, fruit naturel du sol anglais, est trop au-dessus de la France.

D’autre part, les émigrés, leur prince, le comte d’Artois, ne rêvaient rien que le rétablissement de l’ancienne monarchie. Ils se figuraient que la France était heureuse de venir à eux, de se livrer sans conditions.

Je me rappelle encore ce 18 avril 1814, un jour de printemps admirable, où le comte d’Artois entra à Paris. Sa figure aimable, béate, usée et niaise, était parfaitement inconnue à cette foule. Mais on ouvrait fort les oreilles aux mots qu’il prononçait avec ses royalistes : « Plus de conscription ! Plus de droits réunis ! »