Tout Parisien a le vif souvenir de cette génération qui escortait le czar. M. Alexandre de Humboldt, après tant de voyages, demeura de longues années au quai du Louvre, comme au lieu le plus habitable de la terre.

C’était une génération non seulement plus éclairée, mais même plus humaine et plus bienveillante au total, que toutes celles qui ont suivi.

Capo d’Istria travailla bientôt à faire en Grèce ce que Laharpe douze ans auparavant avait fait en Suisse, au moins dans son pays natal, le canton de Vaud.

Il semblait qu’un vieillard exilé si longtemps et propre frère du martyr du parti, dût inspirer respect, surtout aux royalistes.

Mais la mine fleurie de Louis XVIII, son brillant embonpoint annonçaient trop qu’il avait pris peu d’intérêt aux malheurs de Louis XVI. On savait même qu’il avait eu grande part à ceux de la reine, étant l’instigateur, sinon l’auteur des terribles pamphlets anonymes qui avaient tant contribué à la déshonorer, à déconsidérer le trône. Il avait la réputation d’un parfait égoïste.

Des légendes gastronomiques couraient sur lui, sur les pyramides de côtelettes qu’on lui échafaudait et dont il ne mangeait que la dernière, celle d’en bas, qui recevait tout le jus.

La pléthore, effet naturel d’une vie gourmande et immobile, l’aurait rendu malade si on n’y eût pourvu par des cautères. Ces dérivatifs lui gardèrent un fort beau teint et d’étranges regains de jeunesse.


Louis XVIII en arrivant avait fait une grosse sottise, une maladresse qui sembla une déclaration de guerre à l’armée, un mépris singulier de l’honneur national. Bonaparte tenait en prison le général Dupont, qui avait fait la capitulation de Baylen. On fait sortir ce prisonnier, on le nomme ministre de la guerre.

Les Bourbons s’isolèrent eux-mêmes, ils éloignèrent de Paris ce qui restait de la garde impériale, composèrent les gardes du corps uniquement de jeune noblesse. De là des duels, des disputes avec les officiers qu’on mettait à la demi-solde. Ces jeunes gens et la garde nationale à cheval constituaient pour le roi une assez pauvre défense. Braves comme individus, ils valaient peu comme corps militaire. Et le jour du danger, on les vit disparaître presque tous.