[123] M. Michelet assista à la cérémonie ; il avait alors seize ans. A. M.
Le tout sembla (ce qui était vrai) un mensonge théâtral. Le pis, c’est qu’on se demandait si ce serait là tout ; car on attendait autre chose. Les uns croyaient que Marie-Louise et l’enfant allaient revenir avec la paix ; d’autres que Bonaparte, abdiquant la couronne, rétablirait la République sous un consul élu.
A la suite de cette comédie, dans ce moment où l’Europe tout entière s’avançait contre lui, il s’occupait à composer sa Chambre des pairs. Dans celle des députés, il n’avait pas pour lui plus de soixante membres.
C’est-à-dire qu’il était repoussé de la France autant que de l’Europe. Dès le 13 mars, non seulement les rois, les diplomates, mais les peuples même, avaient condamné ce démon de la guerre. Sa déportation aux terres australes, à Sainte-Hélène, était prononcée, applaudie surtout par les masses armées qui, retournant chez elles en 1814, étaient ramenées en 1815 pour exécuter la sentence prononcée contre ce convict odieux.
Le grand événement de la restauration de l’Espagne faisait espérer aux Bourbons de fausser celle de la France, d’éluder les promesses de la Charte, octroyées (comme on a vu) malgré eux.
La folle obstination de Bonaparte dans son affaire d’Espagne lui avait fait traîner jusqu’au dernier moment son projet de rendre la liberté à Ferdinand et de le renvoyer en lui imposant des conditions. Il en voulait aux Espagnols de leur vaillante résistance et ne stipula rien pour eux. D’autre part, les Anglais, que les Cortès empêchaient de prendre Cadix et les colonies d’Amérique, s’en vengèrent en n’exigeant rien pour l’Espagne auprès de Ferdinand.
Ainsi, des deux côtés, cette héroïque nation fut remise sans condition à son tyran altéré de vengeance.
Le 24 mars, à peu près au moment où les alliés entraient à Paris, Ferdinand entrait en Espagne, n’ayant reçu des Cortès nulle obligation que celle d’un serment illusoire. Il l’éluda par une lettre ambiguë qu’il envoya devant lui. Et enfin le 24 mai, à Valence, il déclara nuls tous les décrets des Cortès et se refusa à jurer la Constitution.
Le ministère anglais qui le connaissait bien et craignait que l’Angleterre ne s’indignât d’avoir tant fait pour rétablir un monstre, avait tiré de lui cette seule promesse : qu’il n’y aurait pas de sang versé. Mais cela n’empêcha pas qu’on ne fît mourir les patriotes dans la lente agonie des présides (les bagnes africains). Cela n’empêcha pas que douze mille personnes à la fois furent bannies, leurs biens confisqués. Tout le midi de la France fut peuplé de ces squelettes vivants qui expiraient de faim. L’Inquisition, rétablie, ajoutait aux rigueurs d’une police terrible, suivant les directions de Gravina, le nonce de Pie VII, et du confesseur de don Carlos, qu’il fallut arracher à la direction d’un couvent de jeunes religieuses qu’il avait souillées toutes.