Cette tyrannie de l’Espagne et ces vastes confiscations inspiraient à nos émigrés une vive rivalité. Et l’on cherchait les moyens de parvenir à les imiter, en s’unissant avec l’Espagne, avec Naples (rendue aux Bourbons), et ressuscitant ainsi entre ces trois puissances parentes le Pacte de famille, selon l’idée de Choiseul et de Louis XV. Pour replonger ainsi tout l’Occident au parti rétrograde on s’adjoignit l’Autriche, de manière à isoler l’empereur Alexandre, qui n’eût plus eu pour lui que l’alliance prussienne.
Projet bigot du pavillon Marsan, des amis du comte d’Artois, et que Louis XVIII, par son instinct naturel de fausseté, acceptait contre Alexandre qui l’avait amené à Paris et forcé de donner la Charte à la France.
Louis XVIII eut le plaisir de confier cette œuvre d’ingratitude à l’homme qui avait le plus à se louer d’Alexandre, à Talleyrand, auquel le czar avait accordé cet honneur de loger chez lui à Paris. Talleyrand fut charmé de machiner cette intrigue au Congrès de Vienne, et par là de se réconcilier avec le parti rétrograde.
Alexandre, indigné, par représailles, accueillit bien Eugène et tous les Beauharnais, qui en conçurent des espérances folles.
Il faut dire qu’il se montra étonnamment imprudent, en donnant à Bonaparte une résidence en son propre climat, en lui assignant la Corse, puis l’île d’Elbe, si voisine de la France et de l’Italie.
Talleyrand répétait malignement le propos anglais, que l’on aurait mieux fait de le mettre au bout de l’Océan, à Sainte-Hélène, lieu seul facile à surveiller, où il serait dans une demi-prison, sur un pic basaltique, comme ceux où les Anglais ont gardé tant de princes indiens.
CHAPITRE III
WATERLOO (18 JUIN 1815)
Le grand historien qui a réduit à leur juste valeur les mensonges de Sainte-Hélène, M. Charras, et M. Quinet dans un petit livre admirable, n’ont pas assez, peut-être, insisté sur ce point : Que la France l’avait condamné, rejeté, et je ne parle pas de la France royaliste, de la Vendée, du Rhône, mais de la grande France impartiale qui faisait la majorité immense du pays. Il n’en put tirer que 16 000 conscrits. Le peu de voix qu’il avait à la Chambre des députés exprime parfaitement la faible minorité qui le suivait encore, et qui prit part à cette guerre.
« Il avait trop peu de monde à Waterloo. » Pourquoi ? C’est que la France le connaissait, et qu’elle hésitait fort à combattre pour ramener la tyrannie et la guerre éternelle.
L’armée de Waterloo était proprement militaire, n’étant pas composée de jeunes gens comme la majorité de celle de Leipsick, mais de soldats la plupart bronzés et durcis par la guerre. Il y avait des prisonniers revenus d’Espagne, de Russie, ou des pontons anglais, tout cela fort irrité, sauvage.