Un narrateur anglais, qui était dans la cavalerie anglaise, raconte avec quelle haineuse animation les cuirassiers français poursuivaient, piquaient par derrière les Anglais mieux montés et qui les devançaient toujours. « Je n’avais jamais vu, dit-il, de figures si hostiles, ni si âprement militaires. »

Les nôtres étaient pleins, non seulement de colère, mais de défiance, rapportant à la trahison tous les revers récents, ne tenant jamais compte ni des fautes de Napoléon, ni de cette circonstance, d’avoir mis contre soi l’humanité entière.

Plusieurs passaient à l’ennemi, non comme Marmont, in extremis, ayant bien combattu, mais d’avance et au moment critique, comme le Vendéen Bourmont.

Chose pire encore, Clarke, ancien ministre de la guerre en 1814 (et en 1815, ministre de Louis XVIII à Gand), donna aux alliés les renseignements les plus utiles. Un officier, envoyé par lui, fit de mémoire aux alliés le calcul, l’énumération des forces qu’avait Napoléon (120 000 hommes). Wellington sut tout dans la nuit, et n’accepta la bataille qu’étant certain que les Prussiens viendraient le seconder à quatre heures de l’après-midi.

Ceux-ci d’abord, fort effrayés par les succès de Bonaparte à Fleurus, à Ligny, se débandèrent, dit Marmont, en grand nombre. Car Marmont qui, pour ses blessures, était aux eaux d’Aix-la-Chapelle, vit arriver 3000 fuyards prussiens dans ce lieu si éloigné de la bataille.

Marmont, juge compétent, et fort d’accord avec l’exact Charras, dit que Napoléon, par son indécision, perdit les avantages qu’il avait eus d’abord, que le 16, il affaiblit Ney, l’empêcha d’emporter les Quatre-Bras et d’écraser l’avant-garde ennemie. Cette indécision promena d’Erlon en marches et contre-marches, de sorte qu’il ne fut utile ni contre les Anglais ni contre les Prussiens, qui par l’arrivée de Bulow, eurent trente mille hommes de plus.

Le 18 juin, à Waterloo, Bonaparte sut par une lettre de Blücher, interceptée, que Blücher arriverait à quatre heures de l’après-midi. Donc, il devait attaquer de bonne heure. Le temps était mauvais ; une grande pluie était tombée la nuit ; et la moisson mouillée rendait la plaine peu traversable à la cavalerie et à l’artillerie. « Ajoutez, dit Marmont, qu’on calculait que, pour une longue bataille on avait peu de munitions. »

Napoléon déjeuna à huit heures, bien tard pour juin où le jour vient si tôt. M. Pétiet, général de cavalerie qui, de son cheval, le regardait déjeuner à une petite table, dit que tous furent frappés de sa pâleur, d’un effet fantasmagorique ; « en voyant, disait-il, ce visage de suif, nous conçûmes un mauvais augure ».

Donc, il ne commença le combat qu’à onze heures, selon le vœu de Wellington qui, montre en main, devait attendre quatre heures et l’arrivée des Prussiens avec grande impatience.

Heureusement pour lui, Napoléon perdit des heures encore à forcer le château d’Hougoumont qu’il pouvait écraser d’artillerie, s’il n’eût économisé la poudre. Et pourquoi n’avait-il pas eu la prévoyance d’en faire venir assez ?