Oui, il y eut courage à Lafayette de proposer le décret suivant qui fut adopté : « La Chambre reste en permanence. Qui tentera de la dissoudre, sera jugé pour trahison. On convoquera la garde nationale. Les ministres sont mandés dans l’Assemblée. »

Par ce décret, la Chambre allait prendre le gouvernement, l’ôtait à Bonaparte ; elle lui défaisait son 18 brumaire.

Que ferait-il ? Déjà cerné des armées de l’Europe, ruiné et par Waterloo et par les proclamations des alliés qui promettaient la paix, il lui restait un seul genre, non de salut, mais de suicide : d’employer ces soldats qui revenaient toujours obéissants, à une entreprise exécrable qu’il avait rêvée l’année précédente, et qui n’eût abouti qu’à faire brûler Paris.

Se révolter contre la Chambre, autrement dit contre la France ! Heureusement il n’eut pas alors le courage de ce grand crime, qu’il eût essayé en 1814 sans le refus de ses généraux, Ney, Oudinot, Lefebvre, etc.

En 1815, il n’avait plus l’audace d’une entreprise aussi désespérée. Sa poltronnerie de Provence, sa fuite précipitée de Waterloo l’avaient fort amolli, et malgré la minute de courage qu’il eut à Grenoble, il commençait à se juger lui-même, comme le jugera l’avenir.

Lucien, qui était un fou, lui proposait de refaire un 18 brumaire. Napoléon n’osa, et lâchement s’en tint à l’expédient de prier que cinq commissaires avisassent avec les ministres à sauver sa dynastie.

Un flot de vomissement, ici, vient à la bouche, avec ce mot de la Convention au 9 thermidor : « Qu’un tyran est dur à abattre ! »

Mais combien Robespierre, farouche, mais désintéressé, méritait moins cet anathème !

Bonaparte, avec une obstination insensée, répugnante, insistait pour sa dynastie, voulant que la France en danger appelât à la défendre, à la sauver, un enfant autrichien de race épileptique, dont les portraits sont ceux d’un demi-fou.

Lucien, ayant eu l’audace d’insister dans ce sens, s’attira un mot terrible de Lafayette ; véritable sentence, dont cette famille funeste reste à jamais marquée, et qui répondait violemment à l’apostrophe du tyran en brumaire : « Qu’avez-vous fait de la France ? »