Dès qu’il revint, les instances recommencèrent, mais de plus en plus menaçantes. Éperdu, il chercha la porte de l’impératrice, ne se souvenant plus qu’il l’avait murée lui-même. Puis, il courut dans l’appartement, cherchant une cachette et finit par s’en faire une en se mettant sous des drapeaux.
Scène hideuse que cette chasse où on poursuivait un homme, comme un rat et une souris !
Les assaillants étaient aussi effrayés que lui. L’un d’eux, Benigsen, né Anglais, parvint à leur rendre du courage, et comme on disait : « Il est sauvé ! » il le montra blotti sous ces drapeaux en disant : « Point de faiblesse ! autrement, je vous fais massacrer tous ! »
Cependant le bruit gagnait, et l’impératrice voulait venir. Un garde l’en empêcha. Elle lui donna un soufflet, mais n’insista point, et ne passa pas. Un chirurgien anglais qui se trouvait là fort à point, lui dit : « Ne bougez pas, madame. On m’appelle, je vais tout finir. »
Il finit tout, en effet, au moyen de son bistouri, en coupant les artères.
Pahlen s’était tenu dans la cour avec les gardes restant à même de massacrer ses complices si l’affaire ne réussissait pas. Il aurait prétendu alors qu’il avait sauvé l’empereur.
La chose avait si bien transpiré d’avance, que l’envoyé prussien, dînant chez un grand de l’empire, vit un chambellan de Paul qui tirait sa montre et disait : « Le grand empereur n’est pas dans ce moment fort à son aise. »
Dans la réalité, la mère allemande et son fils s’étaient trouvés, peut-être à leur insu, chefs du parti de l’étranger contre le czar, seul véritable Russe. On leur avait dit ce qu’on ne croyait pas soi-même, qu’on pourrait forcer Paul à abdiquer. Qui régnerait ? On ne l’avait pas décidé. Si bien que l’Allemande croyait que c’était elle qui régnerait comme avait régné Catherine après Pierre III.
Ni le fils, ni la mère ne firent rien contre les meurtriers, sur le moment (ils craignaient peut-être) et ils ne firent rien plus tard. Les coupables gardèrent leurs places et leurs dignités. Le doux Alexandre vécut au milieu des assassins de son père et envoya l’un d’eux à Berlin, comme ambassadeur de Russie.