Le clergé national, qui demandait l’élection comme aux jours primitifs du christianisme, fut sacrifié. Le consul et le pape s’octroyèrent l’un à l’autre la dépouille de l’Église.
Les évêques furent rois des curés et les nommèrent.
Une nouvelle circonscription des diocèses élimina soixante évêques en une fois.
Tous les prêtres reçurent un traitement du gouvernement (outre le casuel), et lui prêtèrent obéissance.
Les archevêques eurent par an cinquante mille francs, les évêques quinze. Libre aux fidèles de faire des fondations pieuses ; article grave qui fit passer au clergé le bien des femmes surtout. Le droit de succession, que la révolution leur avait reconnu, tourna surtout au profit du clergé.
Ce traité impliquait une chose tacite : l’expulsion des prêtres patriotes qui avaient prêté serment à la république, et qui ne savaient plus que devenir. J’en ai connu un porteur d’eau.
Dix mille d’entre eux étaient mariés[25], comme ceux de la primitive Église, comme l’évêque Synésius au IIIe siècle. Ceux-là furent poursuivis à mort et tombèrent dans le désespoir. Un d’eux, d’admirable génie, Grainville, se jeta dans la Somme.
[25] La question du mariage des prêtres, que la primitive Église jugea indifférente et que l’Église protestante a jugée selon la nature, cette question n’a pu faire doute qu’un moment, lorsqu’au XIIe siècle, l’évêque se trouva seigneur en même temps, et, comme tel, avide et rapace pour une famille qui souvent donnait l’exemple de tous les vices féodaux. C’est à ce moment que Grégoire VII osa faire son étrange réforme, essaya de supprimer l’abus en supprimant l’usage, interdisant aux prêtres le mariage et supposant que, dès lors désintéressés, ils se tourneraient entièrement vers les choses spirituelles. C’est ce moment singulier que M. Villemain a très bien raconté dans un fort beau livre posthume qui a paru enfin cette année même (1872).
Ce qui restait à raconter et ce qui était hors du cadre de l’histoire de Grégoire VII, c’est que le célibat ecclésiastique ne remplit pas l’espoir que Grégoire VII avait conçu. Les prêtres, délivrés des soins de la famille, ne furent pas pour cela plus féconds spirituellement. Leurs églises gothiques, si justement admirées, n’ont pas été construites par le clergé célibataire, comme on le croyait encore et comme je le croyais moi-même, en 1830, mais par des architectes laïques et mariés, dont on a découvert les noms. Quant à la scolastique, j’ai dit combien elle fut peu féconde. D’Abailard à Occam, du XIIe au XIVe siècle, elle ne peut faire un pas, revient alors à son point de départ. Voyez sur ces grands sujets, sur la stérilité de l’Église au moyen âge, et sur la première Renaissance de 1200, violemment et stérilement étouffée : la préface de ma Renaissance, au VIIe volume de mon Histoire de France ; — N. Peyrat, Histoire des Albigeois ; — Amari, Histoire des musulmans des Deux-Siciles, etc.
Bernier, en récompense, fut évêque d’Orléans. Maury, archevêque de Paris, put continuer sa vie licencieuse, la chasse aux femmes mariées.