[28] Dans une lettre admirable.
Mais cette finale était loin encore ; elle dépendait des coups de dés qu’il hasarda, de 1806 à 1812, d’Austerlitz à Moscou.
Ici je ne parle que de 1800 à 1806, des six années insipides où il ne fit rien, absolument rien, — que des décrets qui, enfouis au Moniteur, changeaient peu la face des choses.
Il eût été moins ennuyeux, s’il ne s’était pas intitulé en brumaire l’homme de Mars et de la Fortune. Mais, après avoir affiché si haut la prétention de l’action, n’agir point, sauf de vaines cérémonies qui souvent n’amusaient pas même les acteurs, c’était prodigieusement fastidieux et assommant.
Ses intrigues en Allemagne, ses arrangements d’Italie avaient pour nous peu d’intérêt. Tout ce que nous voyions de lui, c’était son effort malheureux pour se faire une marine, poussant au hasard dans nos ports des hommes de terre qui avaient horreur de la mer. Il faisait en ce moment construire en face de l’Angleterre, à Boulogne, une flottille de bateaux plats, en sorte que de l’autre côté du détroit, on pouvait toujours craindre une descente. Son frère Jérôme était chargé de surveiller ces préparatifs. Pour lui, il faisait constamment des voyages à la côte, regardait la mer, revenait, avec sa précipitation habituelle qui fatiguait à regarder.
Le peu de mouvement qu’avait laissé la constitution paralytique de l’an VIII dans la nation cessa ; le Tribunat se tut. A huis clos, le Conseil d’État, avec Bonaparte, discutait le code civil, et devait inspecter les départements. Mais ces fonctions d’inspection passèrent aux sénateurs, corps immobile, toujours assis et qui s’ennuyait tellement que, pour lui faire prendre patience, on créa dans chaque département des sénatoreries de quarante mille francs de rente ajoutés à leur traitement.
Tels étaient nos plaisirs, le sujet de nos entretiens, avec les feuilletons classiques que faisait l’abbé Geoffroy dans les Débats.
Ajoutez les expositions de tableaux où la même figure héroïque, constamment reproduite, fatiguait presque autant que les fades harangues qu’il essuyait partout dans ses petits voyages et dont on ne nous faisait pas grâce.
Les expositions de l’industrie furent essayées. Et on y ajoutait des objets soi-disant de goût, les meubles hideux de l’époque, grecs ou égyptiens. Le passage du Caire est là pour témoigner combien étaient mesquines ces tristes contrefaçons de l’Orient.