Quant aux arts industriels proprement dits, ils étaient en faveur. On honora Chaptal et on le fit ministre. Il n’était bruit que du blanchissage au chlore de Berthollet. Le sucre de betterave, peu après, fut fort célébré, lorsque, ayant manqué Saint-Domingue, nous fûmes emprisonnés par la mer, et sans rapport avec nos colonies.

Quelques machines à coton, fort grossières, nous faisaient défier ridiculement l’Angleterre. La machine à vapeur, imitée gauchement, était de peu d’usage. Enfant, on me mena voir à Chaillot la pompe à feu des frères Périer, lourde et de peu d’effet, vacillante, de bruit horrible, et remuant tout le bâtiment, où l’on n’avançait qu’en tremblant.


Dans les sciences, Bonaparte parlait toujours des mathématiques, dont il savait à peine les éléments[29]. Et, en réalité, dans l’Institut, il donna tout pouvoir à un chef, à un pape, l’astronome Laplace[30]. Ces mouvements réguliers des astres, qui semblent obéir à des lois inflexibles, lui plaisaient ; — au contraire, il haïssait Lamarck, qui, sous la république, avait inauguré au Muséum la doctrine du mouvement et de la circulation des êtres.

[29] V. Libri, Revue des Deux Mondes.

[30] Madame de Rémusat dit que Laplace « savait très bien le flatter. »

Bonaparte et Laplace tuèrent Lamarck autant qu’il fut en eux, et ce n’est qu’à la longue que Geoffroy et son école ont relevé le drapeau de la vie.


Vers 1800, un jeune homme, Cuvier, s’introduisit au Muséum, et peu à peu s’en rendit maître. Cet ingénieux Cuvier, dessinateur habile autant qu’élégant écrivain, interdit par son exemple toute spéculation sur la transformation des espèces, le mouvement spontané de la vie, réduisant l’histoire naturelle à l’étude de la corrélation des formes, qui explique, révèle les fonctions, même les mœurs dans les animaux disparus.

Ces travaux, tout ingénieux qu’ils fussent, supposaient que la vie attendait tout de l’ouvrier unique, et ressemblaient un peu à la constitution de l’an VIII où tout se faisait par l’action d’un seul.