[42] « Je ne suis pas un homme comme un autre, disait-il dans les querelles qui naissaient de la jalousie de sa femme, et les lois de morale ou de convenance ne peuvent être faites pour moi. »

En janvier 1803, faisant venir à Lyon la consulte italienne, il avait réuni presque toute la Lombardie sous le nom de république d’Italie. Il s’en était fait président.

Et quand on s’en plaignit à Amiens, il répondit fièrement que sans cela les républiques italiennes, trop faibles devant l’Autriche, ne pourraient qu’être réunies à la France, comme le Piémont le fut bientôt.

Le Piémont d’un côté, et de l’autre la Suisse, qu’il dominait sous le titre de médiateur, le constituaient maître des Alpes.

Mais sa médiation s’exerçait contre la liberté. En Piémont, il ne vit qu’un vaste recrutement chez un peuple très brave. En Suisse, il ne fit guère que comprimer la révolution et l’égalité unitaire. Il releva partout les aristocraties.

En France, il avait fait rentrer les émigrés, et, autant qu’il pouvait, il leur rendait leurs biens.

Tous les ministères furent en réalité réunis pour les choses graves en un seul (sous Maret-Bassano, ministre d’État). Le tribunat et le conseil d’État furent réduits à quelques membres. Enfin, un sénatus-consulte (4 août 1802) lui décerna le consulat à vie.


Bourrienne assure qu’au moment où l’Angleterre (en mai 1803) rappela son ambassadeur, Bonaparte en fut surpris, il n’avait pas prévu une rupture si prochaine. En effet, il avait accordé aux militaires d’innombrables congés.

Il savait bien que la paix d’Amiens n’était qu’une trêve ; mais il comptait que l’intérêt mercantile, et la prépondérance de la classe industrielle, qui gouvernait sous Addington, feraient durer la paix. Cependant les amis de Pitt reprenaient en dessous. On démontrait sans peine que Bonaparte refusant d’ouvrir la France aux marchandises anglaises, étendant son influence sur le continent, la paix était plutôt un obstacle pour l’Angleterre, — un obstacle, — un danger peut-être. Nombre d’agents mystérieux parcouraient l’Angleterre, et l’on surprit une lettre de Talleyrand qui ordonnait à un de ces agents, frère du secrétaire de Bonaparte, de sonder le port de Dublin et de dire s’il permettait l’abordage de vaisseaux chargés de canons.