Tandis que les premiers faisaient les fonds pour les armées de la Sainte-Alliance, les autres se donnèrent au second Bonaparte. Donc la thèse de paix et d’industrie tourna promptement au service des gouvernements militaires.
Fourier, plus net que le saint-simonisme, aurait-il plus de chances ? Il arrivait, avec ses vues ingénieuses sur la vie collective, le phalanstère, etc., au moment où les armées et les manufactures avaient donné l’horreur de la vie commune.
On s’éloigna, sans même s’informer s’il y avait dans son grand pêle-mêle quelque chose d’utile. Son vaisseau, engravé, demeura dans le port.
Donc, la France ne put engendrer aucun système qui durât, tandis que ceux de l’Allemagne, finissant par Hegel, semblaient l’avoir tarie, stérilisée, comme pour la livrer à la Prusse.
Mais, si la France, au point de vue philosophique, se montra peu féconde, en revanche pendant trente années, elle brilla d’un grand éclat littéraire, par le lyrisme, le drame et le roman.
Après les grands ouvrages, en France, en Angleterre, ont primé les revues, et aujourd’hui les journaux seuls, rédigés avec une verve brillante et beaucoup d’industrie.
Tel est ce siècle changeant. Et c’est le fait, non pas de son caprice, mais d’une mobilité très naturelle, qui souvent lui ménage des renouvellements de surprise étonnante.
Qui nous eût dit que l’Angleterre, depuis Byron stérile, qui semblait confinée dans son roulis industriel, dans son formalisme anglican, s’éveillerait, d’abord par Lyell et Darwin, et tant de savants hardis émules de Lamarck et nos alliés naturels[2] ? Ce sont eux qui commencent à combler le détroit et à former la grande alliance occidentale, en attendant ce qu’on a appelé les futurs États-Unis de l’Europe.
[2] J’ajoute ces grands penseurs philosophiques et politiques, Stewart, Harrison, etc.