[60] Miot, t. II, p. 237-238.
La soumission de Joseph avait été amenée par des menaces brutales, des mots de capitan : « Je suis appelé à changer la face du monde… Vous êtes mon ennemi si vous refusez de venir au sacre… Où sont vos moyens d’attaque ? votre armée contre moi ?… Tout vous manque. Je vous anéantirai[61] ! »
[61] Ibid., p. 240-241.
Cette comédie ridicule n’était jouée que pour obéir aux deux femmes, Hortense et Joséphine, qui voulaient terrifier les frères et leur faire accepter leur éloignement de la France, pour laisser le trône à l’enfant. Ils furent inébranlables. Joseph refusa la royauté de Lombardie. Sur son refus, on l’offrit à Louis ; mais il fut trop choqué de l’idée de Joséphine, qui, sans pudeur, comme pour confirmer les bruits qui couraient, voulait garder ici l’enfant près de Napoléon. Il déclara que, s’il allait en Italie, ce serait à condition d’emmener l’enfant et la mère.
Cette condition mit Napoléon dans une étrange fureur. Hors de lui, il saisit Louis par le milieu du corps, et violemment le jeta hors de l’appartement[62].
[62] Ibid., p. 257.
LIVRE III
ALLEMAGNE
CHAPITRE PREMIER
ALLEMAGNE POLITIQUE
Le mot célèbre de Sieyès sur la prétendue universalité de Bonaparte : — un maître qui sait tout, qui peut tout, veut tout faire, — ne fut sans doute qu’ironie, sauf le dernier mot sur l’aveugle et imprudente volonté qui lui faisait multiplier de plus en plus ses embarras.
Au moment où la paix d’Amiens, si imparfaite, était difficile à entretenir, on a vu comment il se créa mille ennemis non seulement en affichant par l’affaire de Saint-Domingue ses prétentions coloniales et maritimes, mais en irritant tous les souverains par la mort du duc d’Enghien, par la réunion du Piémont, ce qui, avec sa violente médiation suisse, avait l’effet réel d’une vraie main mise sur les Alpes, c’est-à-dire sur le cœur du continent européen.