Celle-ci prétendait que la taille avait baissé en France. Chose possible après Bonaparte. Mais la race y restait plus forte que jamais. Le paysan, peu nourri, disait-on, y suffisait aux plus rudes travaux. On vit là, combien le blé est une nourriture substantielle, quoiqu’il ne donne pas comme la viande, l’énergie du moment. Ce blé, au fond, c’est du silex qui s’infiltre dans la plante en fleur et lui donne une consistance, une durée singulière d’alimentation.
La France, qu’on le sache bien, est nourrie de caillou. Ce régime lui donne par moments, l’étincelle, et dans les os une grande force de résistance.
Les Anglais, depuis quelque temps, ont pris judicieusement une alimentation mixte, et se sont relâchés du régime exclusif qu’ils suivaient depuis un siècle. Et en même temps, la France use maintenant d’une alimentation plus animale. Véritable progrès et pour l’une et pour l’autre. Progrès qui cependant n’empêche pas nos races (au moins dans les classes bourgeoises) de décliner visiblement.
Le pain, la viande suffiraient bien sans doute. Cependant, la vie violente que mène l’Europe, l’effort momentané et par accès, demandent aussi des secours instantanés qui semblent nous mettre au-dessus de nous-mêmes, nous donner une force miraculeuse, ce que le moyen âge, plus imaginatif, nommait la Présence réelle.
L’alcool donne ce dangereux secours, mêlé de trouble ; tout contraire au café qui éclaircit l’esprit. Donc le café est un bienfait, un auxiliaire pour la civilisation. Il fait penser. Le tabac fait rêver.
Le tabac, première léthargie des peuples fatigués. Après la Turquie, l’Espagne, la Flandre et l’Allemagne fumèrent. Puis, les nôtres en 1832 au siège d’Anvers, et les Anglais un peu après.
Un surcroît de vie morale, intellectuelle, diminuerait certainement ces tristes habitudes, que nos pères, moins solitaires, moins sombres, n’avaient pas connues.
La confession, le roman, l’alcool, grands corrupteurs du monde au XIXe siècle, accélèrent encore la pente du néant où nous semblons descendre.
Dans un petit livre qui parut en 45[3], j’ai dit qu’à part nos prêtres et nos détestables gouvernements, le mal était surtout en nous-mêmes, et dans la famille.
[3] Le Peuple.