Des matelots paysans qui ne savaient point manœuvrer, point tirer, et que, selon l’ancienne méthode, on faisait viser au mât, au lieu de tirer en plein bois dans la coque des vaisseaux, comme faisaient les Anglais ; — ces malheureux furent amenés en présence du furieux Nelson, certain de sa victoire. Le capitaine Lucas et autres de nos Français montrèrent un grand courage. En vain.
Nelson avait dit : « la pairie ou Westminster ! »
Il fut tué. Mais sa mort n’affaiblit en rien cet affreux désastre. Nos vaisseaux étaient si lents, qu’ils ne se sauvèrent pas, attendirent leur destin.
Un peuple fut noyé.
L’empereur écrivait toujours des choses furibondes à cette flotte qui n’existait plus.
Il était d’autant plus irrité et cruel qu’il devait en dessous trop bien sentir : Tout était de sa faute, et sans remède. — Réparable ? jamais !
Villeneuve, épouvanté, se réfugia dans la mort. Il se coupa la gorge. (20 octobre 1805.)
CHAPITRE V
AUSTERLITZ. — 2 DÉCEMBRE 1805
Ce grand revers avait pourtant ceci d’heureux qu’il empêchait définitivement Bonaparte de pousser plus loin la folie de mettre une armée en mer avec le risque d’un échec vingt fois plus grand que celui de Trafalgar.
Les Anglais calculant d’après les habitudes de publicité de leur gouvernement, croyaient la France fort abattue. Elle savait à peine l’événement. Le Moniteur n’en dit rien, encore moins les autres journaux. Il courut à peine un bruit vague de certains revers maritimes.