Il y parut. Le prisonnier, jusque-là fort pâle, reprit couleur à l’instant[71].

[71] Le célèbre tableau de Gérard tant de fois reproduit par la gravure nous a conservé cette scène.

Instructive anecdote qui montre que, d’Austerlitz, le vainqueur voyait Paris, le faubourg Saint-Germain.


Avec ces dispositions si tendres au parti rétrograde, cette communion avec l’émigré, il était bien disposé à recevoir le conseil que lui apportait Talleyrand : « Ménagez l’Autriche. »

Le boiteux ne disait rien au maître qu’il n’eût dans l’esprit, ou qu’il n’eût fait déjà à Léoben, à Campo-Formio.

Il exigea de l’Autriche de l’argent, mais ne toucha en rien à ses provinces intérieures et vitales. Le Tyrol, qu’il lui prit pour le donner à la Bavière, était un beau champ pour l’insurrection, mais il contribuait pour peu dans les armées régulières. Venise aussi, qu’il lui retira, le Frioul, la Dalmatie, étaient d’un faible secours militaire. L’Autriche resta ce qu’elle était, prête à se rétablir peu à peu et à nous faire la guerre de 1809.

Austerlitz fort admiré renouvela pour l’Europe l’effet tout fantastique de Marengo. Cependant les Mémoires de Ney, qui partout révèlent la main habile de Jomini, montrent combien le plan de cette campagne était peu arrêté et changea sur la route.

La rapidité, tant vantée, de la marche de Bonaparte faillit lui être fatale, puisque par les maladies et la dissémination de ses forces, il fut un moment réduit à cinquante mille hommes. « Nous ne fûmes sauvés, dit Ney, que par l’ignorance de l’ennemi. »