Qu’attendaient ses admirateurs sérieux, après cette victoire qui abattit l’Autriche, découragea les Russes, décida les Prussiens à subir la condition qu’ils avaient toujours repoussée ?

Ils attendaient de lui une chose. C’était qu’il en tirât parti.

Son armée était intacte encore, tout au moins de cent mille soldats invincibles, les premiers du monde, elle n’avait perdu que huit mille hommes.

Les Russes se retiraient en ordre, mais en hâte, par la traverse et non par le chemin où on eût pu les suivre. Pourquoi cela ?

C’est que, de Napoléon, ils attendaient de l’audace, non pas une prudence timide.

Ils pensaient que les Français se dirigeraient au nord pour insurger la Pologne autrichienne, qui depuis dix ans les appelait. L’incendie partant de là, nul doute qu’il n’eût gagné la Pologne russe et prussienne.

Magnifique aventure qui eût enlevé l’Europe de frayeur, d’admiration, eût tenté un héros, mais non un politique. Ce grand incendie lui fit peur. Il n’osa s’en approcher. Il prit l’inspiration au plus bas, chez celui qui lui disait : « Ménagez l’Autriche c’est-à-dire le parti rétrograde dans toute l’Europe. »

CHAPITRE VI
INDÉCISION D’ALEXANDRE. — MÉCONTENTEMENT DE LA RUSSIE ET DE L’ARMÉE RUSSE CONTRE ALEXANDRE

Je m’arrête ici, un moment pour regarder Alexandre. Son caractère, loin d’être exceptionnel, est l’un des plus ordinaires en ce siècle. Il s’exprime d’un mot. C’est l’indécision.

Est-ce le caractère russe, la mobilité slave ? Je ne le nie pas. Mais beaucoup plus la vague sentimentalité qui fait la grâce, souvent le fond fuyant et incertain des femmes allemandes du Midi. Un livre unique, admirable, rend cela très sensible : c’est la Correspondance, ce sont les Conversations d’Alexandre et du prince Adam Czartoryski (Paris, 1865).