Ce dernier effort l'épuisa. Il retomba inerte. Il était mort.

Au même moment, l'âme d'Abd-er-Rhaman s'éleva dans l'air supérieur, laissant les prêtres des deux religions se disputer ici-bas son enveloppe mortelle.


VI

L'âme d'Abd-er-Rhaman était une vapeur subtile, transparente, figurant exactement le corps qu'elle avait habité. Le vieux tâleb avait toujours sa longue barbe grise et son front chauve. Seulement, il était nu, et deux ailes lui étaient venues sur le dos.

En se balançant dans l'air, il regarda d'abord avec complaisance les maisons de Constantine, qui se massaient confusément au-dessous de lui. Quand il leva les yeux, il aperçut deux anges qui venaient de deux points opposés de l'horizon. En un clin d'œil, l'un fut à sa droite et l'autre à sa gauche. Le premier était un ange blanc, d'une beauté si douce qu'on ne peut l'exprimer. Le second était beau aussi, mais d'une beauté sombre; et tout son corps était noir comme l'ébène. Le premier tenait une palme, et c'était Raphaël, qui est l'Ange-de-la-Guérison pour les chrétiens. Le second tenait une couronne, et c'était Azraël, qui est l'Ange-de-la-Mort pour les Musulmans.

—Abd-er-Rhaman, dit Raphaël, prends cette palme, et suis-moi dans le paradis de Jésus.

—Abd-er-Rhaman, dit Azraël, prends cette couronne, et suis-moi dans le paradis de Mahommed.

—Esprits, leur répondit Abd-er-Rhaman, pourquoi me tromper ainsi et vous jouer de moi? Pendant mon existence terrestre, je n'ai pas su découvrir quelle religion était la vraie; mais jamais je n'aurais imaginé qu'un tel doute pût me suivre au milieu des habitants du ciel.»

Raphaël sourit en entendant ces paroles.