—Un crime?... Voyez-vous ça!...
—Oui, un crime. Une jeune fille encore mineure a été arrachée à sa famille. Un tel acte est qualifié crime dans la loi de tous les pays.
—Il y a donc des lois à l’île Hoste? demanda le Kaw-djer, dont les yeux, à ce mot de loi, eurent des éclairs inquiétants. De qui émanent-elles donc, ces lois?
—De moi, répondit Beauval d’un air superbe, de moi qui représente les colons et qui, à ce titre, ai droit à l’obéissance de tous.
—Comment avez-vous dit?... s’écria le Kaw-djer. Obéissance, je crois?... Parbleu, voici ma réponse: Sur l’île Hoste, terre libre, nul ne doit obéissance à personne. Libre, Graziella est venue ici, et libre elle y restera, si telle est sa volonté...
—Mais... tenta de placer Beauval.
—Il n’y a pas de mais. Qui se risquera à parler d’obéissance me trouvera contre lui.
—C’est ce que nous verrons, riposta Beauval. Respect est dû à la loi, et dussé-je recourir à la force...
—La force!... s’écria le Kaw-djer. Essayez-en donc! En attendant je vous conseille de ne pas lasser ma patience et de regagner votre capitale, si vous désirez n’y pas être reconduit trop vite.
L’aspect du Kaw-djer était si peu rassurant, que Beauval jugea prudent de ne pas insister; il battit en retraite, suivi à vingt pas par le Kaw-djer, Harry Rhodes, Hartlepool et Karroly.