—L’armée hostelienne compte aujourd’hui cinq cents fusils, dit froidement le Kaw-djer. Demain elle en comptera mille. Après demain quinze cents.
L’officier chilien était livide. Dans quel guêpier s’était-il fourré! Sa mission lui semblait bien compromise. Il voulut cependant faire contre mauvaise fortune bon visage.
—Le croiseur... dit-il d’une voix mal affermie.
—Nous ne le craignons pas, interrompit le Kaw-djer. Nous ne craignons pas davantage ses canons, n’en étant pas nous-mêmes dépourvus.
—Le Chili... essaya encore de glisser l’officier, qui ne voulait pas se reconnaître vaincu.
—Oui, interrompit de nouveau le Kaw-djer, le Chili a d’autres navires et d’autres soldats. C’est entendu. Mais il ferait une mauvaise affaire en les employant contre nous. Il ne réduira pas aisément l’île Hoste, que peuplent maintenant plus de six mille habitants. Sans compter que les cent cinquante hommes que vous avez débarqués vont être pour nous de merveilleux otages!
L’officier garda le silence. Le Kaw-djer ajouta d’une voix grave:
—Enfin, savez-vous qui je suis?
Le Chilien considéra son adversaire qui se révélait si redoutable. Sans doute lut-il dans le regard de celui-ci une réponse éloquente à la question qui lui était posée, car il se troubla plus encore.
—Qu’entendez-vous par cette question? balbutia-t-il. Il y a douze ou treize ans, au retour du Ribarto, dont le commandant avait cru vous reconnaître, des bruits ont couru. Mais ils devaient être erronés, puisque vous les aviez, paraît-il, démentis par avance.