Elle avait attiré Godfrey… Elle le couvrait de baisers… Il les lui rendait… Il pleurait… C'était entre elle et lui un abandon familier dont ni l'un ni l'autre ne songeait à s'étonner, tant il leur semblait naturel.
Et, dans son coin, Zach Fren, effrayé de ce qu'il comprenait, des sentiments qu'il voyait s'enraciner dans l'âme de Dolly, murmurait:
«La pauvre femme!… La pauvre femme!… Où se laisse-t-elle entraîner!»
Mrs. Branican s'était levée, et dit:
«Allez, Godfrey!… Allez, mon enfant!… Je vous reverrai… J'ai besoin d'être seule…»
Après l'avoir regardée une dernière fois, le jeune novice se retira lentement. Zach Fren se préparait à le suivre, lorsque Dolly l'arrêta d'un geste.
«Restez, Zach.»
Puis:
«Zach, dit-elle par mots saccadés, qui dénotaient l'extraordinaire agitation de son esprit, Zach, cet enfant a été élevé avec les enfants trouvés de Wat-House… Il est né à San-Diégo… Il a de quatorze ans à quinze ans… Il ressemble trait pour trait à John… C'est sa physionomie franche, son attitude résolue… Il a le goût de la mer comme lui… C'est le fils d'un marin… C'est le fils de John… C'est le mien!… On croyait que la baie de San-Diégo avait à jamais englouti le pauvre petit être… Mais il n'était pas mort… et on l'a sauvé… Ceux qui l'ont sauvé ne connaissaient pas sa mère… Et sa mère, c'était moi… moi, alors privée de raison!… Cet enfant, ce n'est pas Godfrey qu'il se nomme… c'est Wat… c'est mon fils!… Dieu a voulu me le rendre avant de me réunir à son père…»
Zach Fren avait écouté Mrs. Branican sans oser l'interrompre. Il comprenait que la malheureuse femme ne pouvait parler autrement. Toutes les apparences lui donnaient raison. Elle suivait son idée avec l'irréfutable logique d'une mère. Et le brave marin sentait son coeur se briser, car ces illusions, c'était son devoir de les détruire. Il fallait arrêter Dolly sur cette pente, qui aurait pu la conduire à un nouvel abîme.