Puis un léger cri de son enfant la rappelait au sentiment de la réalité. C'était le Boundary vers lequel elle se dirigeait, ce n'était pas le Franklin, loin, bien loin alors, et que des milliers de lieues séparaient de la côte américaine!

«Il sera là… un jour… à cette place! murmura-t-elle, en regardant Mrs. Burker.

— Oui, chère Dolly, répondit Jane, et ce sera John qui nous recevra à son bord!»

Elle comprenait qu'une vague inquiétude serrait le coeur de la jeune femme, lorsqu'elle interrogeait l'avenir.

Cependant la steam-launch avait franchi en un quart d'heure les deux milles qui séparent le quai de San-Diégo de la pointe Loma. Les passagers débarquèrent sur l'appontement de la grève, où Mrs. Branican prit pied avec Jane, la nourrice et l'enfant. Il ne s'agissait plus que de revenir vers le Boundary, distant au plus d'une encablure.

Il y avait précisément, au pied de l'appontement, sous la garde de deux matelots, une embarcation, qui faisait le service du trois- mâts; Mrs. Branican se nomma, et ces hommes se mirent à sa disposition pour la mener à bord du Boundary, après qu'elle se fut assurée que le capitaine Ellis s'y trouvait en ce moment.

Quelques coups d'aviron suffirent, et le capitaine Ellis, ayant reconnu Mrs. Branican, vint à la coupée, tandis qu'elle montait l'échelle, suivie de Jane, non sans avoir recommandé à la nourrice de bien tenir l'enfant. Le capitaine les conduisit sur la dunette, pendant que le second commençait ses préparatifs pour conduire le Boundary au quai de San-Diégo.

«Monsieur Ellis, demanda tout d'abord Mrs. Branican, j'ai appris que vous avez rencontré le Franklin

— Oui, mistress, répondit le capitaine, et je puis vous affirmer qu'il était en bonne allure, ainsi que je l'ai fait connaître à M. William Andrew.

— Vous l'avez vu… John?…