Mrs. Branican revenue à la raison, c'était comme une morte qui serait revenue à la vie. Puisqu'elle avait résisté à ce souvenir, à l'évocation de cette scène, puisque cet éclair de sa mémoire ne l'avait pas foudroyée, pouvait-on, devait-on espérer que cette reprise d'elle-même serait définitive? Son intelligence ne succomberait-elle pas une seconde fois, lorsqu'elle apprendrait que, depuis quatre ans, les nouvelles du Franklin faisaient défaut, qu'il fallait le considérer comme perdu, corps et biens, qu'elle ne reverrait jamais le capitaine John?…
Dolly, brisée par cette violente émotion, avait été immédiatement ramenée à Prospect-House. Ni M. William Andrew, ni le docteur Brumley n'avaient voulu la quitter, et grâce aux femmes attachées à son service, elle reçut tous les soins que réclamait son état.
Mais la secousse avait été si rude qu'une fièvre intense s'en suivit. Il y eut même quelques jours de délire, dont les médecins se montrèrent très inquiets, bien que Dolly fût rentrée dans la plénitude de ses facultés intellectuelles. À la vérité, lorsque le moment serait venu de lui faire connaître toute l'étendue de son malheur, que de précautions il y aurait à prendre!
Et d'abord, la première fois que Dolly demanda depuis combien de temps elle était privée de raison:
«Depuis deux mois, répondit le docteur Brumley, qui était préparé à cette question.
— Deux mois… seulement!» murmura-t-elle.
Et il lui semblait qu'un siècle avait passé sur sa tête!
«Deux mois! ajouta-t-elle. John ne peut encore être de retour, puisqu'il n'y a que trois mois qu'il est parti!… Et sait-il que notre pauvre petit enfant?…
— Monsieur Andrew a écrit… répliqua sans hésiter le docteur
Brumley.
— Et a-t-on reçu des nouvelles du Franklin?…»