1er septembre.
Que je voudrais voir Mina!
Il est huit heures. Pour elle, l'office du soir vient de finir et voici l'heure du repos. Que cette vie est calme! Quelle est douce comparée à la mienne! Autrefois, gâtée par le bonheur, je ne comprenais pas la vie religieuse, je ne m'expliquais pas qu'on pût vivre ainsi, l'âme au ciel et le corps dans la tombe. Maintenant, je crois la vocation religieuse un grand bonheur.
Sa dernière journée dans le monde, Mina voulut la passer seule avec lui et avec moi. Quelle journée! Nous étions tous les trois parfaitement incapables de parler. Quand l'heure de son départ approcha, nous prîmes notre dernier repas ensemble ou plutôt nous nous mîmes à table, car nul de nous ne mangea. Ensuite, Mina fit toute seule le tour de sa chère maison des Remparts, puis nous partîmes. Elle désira entrer à la Basilique. L'orgue jouait, et l'on chantait le Benedicite, sur un petit cercueil orné de fleurs. Ce chant me fit du bien. Je sentis que l'entrée en religion est comme la mort des petits enfants; déchirante à la nature mais, aux yeux de la foi, pleine d'ineffables consolations et de saintes allégresses.
À notre arrivée aux Ursulines, il n'y avait personne. Mina me fit avancer sous le porche, releva mon voile de deuil, et me regarda longtemps avec une attention profonde.
—Comme vous lui ressemblez! dit-elle douloureusement.
Elle s'éloigna un peu, et tournée vers la muraille, elle pleura.
Cette faiblesse fut courte. Elle revint à nous, pâle, mais ferme.
—J'aurais voulu rester avec vous jusqu'à votre mariage, dit-elle avec effort; mais c'est au-dessus de mes forces.
Elle réunit nos mains dans les siennes et continua tendrement.
—Vous vous aimez, et le sang du Christ vous unira. Puis, s'adressant à moi: