10 septembre.
Ma tante m'écrit qu'il est en voie de se distraire.
Ces paroles m'ont rendue parfaitement misérable. Pourquoi ne pas me dire toute la vérité? Pourquoi m'obliger de la demander? Non, je ne supporterai pas cette incertitude.
Mon Dieu, qu'est devenu le temps où je vous servais dans la joie de mon coeur? Beaux jours de mon enfance qu'êtes-vous devenus?
Alors le travail et les jeux prenaient toutes mes heures. Alors je n'aimais que Dieu et mon père. C'étaient vraiment les jours heureux.
Ô paix de l'âme! ô bienheureuse ignorance des troubles du coeur, où vous n'êtes plus le bonheur n'est pas.
11 septembre.
Je travaille beaucoup pour les pauvres. Quand mes mains sont ainsi occupées, il me semble que Dieu me pardonne l'amertume de mes pensées, et je maîtrise mieux mes tristesses.
Mais aujourd'hui, je me suis oubliée sur la grève. Debout dans l'angle d'un rocher, le front appuyé sur mes mains, j'ai pleuré librement, sans contrainte, et j'aurais pleuré longtemps sans ce bruit des vagues qui semblait me dire: La vie s'écoule. Chaque flot en emporte un moment.
Misère profonde! il me faut la pensée de la mort pour supporter la vie. Et suis-je plus à plaindre que beaucoup d'autres? J'ai passé par des chemins si beaux, si doux, et sur la terre, il y en a tant qui n'ont jamais connu le bonheur, qui n'ont jamais senti une joie vive.