L'histoire des noces fit du bruit, on en fit cent railleries, ce qui amusa fort les auteurs du scandale.
Un peu plus tard, ils se réhabilitèrent, jusqu'à un certain point, en allant voir la chute Niagara.
Cette entrée en ménage plaît à Angéline, et cela devrait te faire songer. L'imitation servile n'est pas mon fait, mais nous aviserons. Tiens! j'ai trouvé. Il y a au fond de ton armoire un in-folio qui, bien sûr, te donnerait l'air grave si tu en faisais des extraits le jour de tes noces.
Mon cher Maurice, crois-moi, ne tarde pas. Je tremble toujours que tu ne fasses quelque sortie auprès d'Angéline. Et la manière d'agir de M. de Montbrun prouve qu'il ne veut pas qu'on dise les doux riens à sa fille, ou la divine parole, si tu l'aimes mieux. Tu es le seul qu'il admette dans son intimité, et cette marque d'estime t'oblige. D'ailleurs, abuser de sa confiance, ce serait plus qu'une faute, ce serait une maladresse.
Avec toi de coeur.
Mina.
(Maurice Darville à sa soeur)
Tu as mille fois raison. Il faut risquer la terrible demande, mais je crois qu'il fait exprès pour me décontenancer.
Ce matin, décidé d'en finir, j'allai l'attendre dans son cabinet de travail, où il a l'habitude de se rendre de bonne heure. J'aime cette chambre où Angéline a passé tant d'heures de sa vie; et si j'avais la table sur laquelle Cicéron a écrit ses plus beaux plaidoyers, je la donnerais pour le petit pupitre où elle faisait ses devoirs.
L'autre soir, je lui demandais si, enfant, elle aimait l'étude.—Pas toujours, répondit-elle. Et regardait son père avec cette adorable coquetterie qu'elle n'a qu'avec lui.—Mais je le craignais tant!