Mais ces contemplations ne me sont pas bonnes. Ma jeunesse s'y réveille ardente et toute vive. La nature n'est jamais pour nous qu'un reflet, qu'un écho de notre vie intime, et cette moite transparence des belles nuits, ces parfums, ces murmures qui s'élèvent de toutes parts m'apportent le trouble.

Mais tantôt, comme si elle eût deviné mes folles pensées, ma petite lectrice, qui filait seule dans sa chambre, s'est mise à chanter:

«Ce bas séjour n'est qu'un pèlerinage.»

Ce doux chant d'une simple enfant m'a rafraîchi l'âme.

«Je crois. Au fond du coeur l'espérance me reste:
«Je ne suis ici-bas que l'hôte d'un instant.
«Aux désirs de mon coeur si la terre est funeste,
«J'aurai moins de regrets, demain, en la quittant.»

Parmi les livres de Mlle Désileux, j'ai trouvé un livret dont presque toutes les feuilles sont arrachées, et qui porte à l'intérieur: «Mon Dieu, que votre amour consume mes fautes, comme le feu vient de consumer l'expression de mes lâches regrets.»

Pauvre fille! elle aussi avait un confident. Je ferai comme elle avant de mourir.

Que pense-t-elle de son long martyre, maintenant que Dieu lui-même a essuyé ses larmes? J'aime ces tendres paroles de l'Écriture, et tant d'autres pleines de mystère.

Qu'est-ce que cette lumière, cette paix que nous demandons pour ceux qui nous ont précédés?

Qu'est-ce que cette joie du Seigneur, où nous entrerons tous, et que l'âme humaine, si grande pourtant, ne saurait contenir?