Qu'est-ce que cet amour dont nos plus ardentes tendresses ne sont qu'une ombre si pâle?
Il est certain que malgré l'infini de nos désirs et les ravissantes perspectives que la foi nous découvre, nous n'avons aucune idée du ciel. Et en cela nos efforts ne nous servent pas à grand chose. Nous sommes comme quelqu'un qui, n'ayant jamais vu qu'une feuille, voudrait se représenter une forêt, ou qui, n'ayant jamais vu qu'une goutte d'eau, voudrait s'imaginer l'océan.
1er octobre.
«Seigneur, disait la pauvre Samaritaine, donnez-moi de cette eau, afin que je n'aie plus soif.»
Profonde parole! mes larmes ont coulé chaudes et abondantes sur le livre sacré. Quelle soif de naufragé peut se comparer à mon besoin d'aimer?
Depuis ce matin, j'ai toujours présente à l'esprit cette délicieuse scène de l'Évangile. Tantôt j'ai pris la bible illustrée pour y chercher Jésus et la Samaritaine.
Et comme cela m'a reportée aux jours bénis de mon enfance, alors que sur les genoux de mon père, je regardais ces belles gravures que j'aimais tant! Je me souviens que j'en voulais à la Samaritaine qui ne donnait pas à boire à Notre-Seigneur.
«Si vous connaissiez le don de Dieu et celui qui vous demande à boire!»
Et, mon Dieu, ce besoin d'aimer qui s'accroît de tous nos mécomptes, de toutes nos tristesses, de toutes nos douleurs, est-il donc si difficile de comprendre qu'il n'aura jamais sa satisfaction sur la terre?
Non, Dieu n'a pas fait en vain sa place dans notre âme. La puissante grâce du baptême n'y séjourne pas si longtemps sans y creuser des abîmes. De là viennent ces aspirations auxquelles rien ne répond ici-bas et ces mystérieuses tristesses que le bonheur lui-même réveille au fond de notre coeur.