Je me demandais avec tristesse si ces larmes ne rendaient pas mon sacrifice indigne de Dieu, mais aujourd'hui j'ai été consolée en lisant que lorsque nous revenons du combat des passions mutilés et sanglants, mais victorieux, nous pouvons pleurer sur ce qu'il nous en a coûté—que Dieu ne s'offensera pas de nos larmes pas plus que Rome ne s'offensa quand le premier des Brutus, rentrant chez lui après avoir sacrifié ses deux fils à la république, s'assit à son foyer désert et pleura.
18 octobre.
Je pense souvent avec attendrissement à cette jeune fille qui attendait son baptême pour mourir! Ô grâce! bonheur de la pureté!
Il y a quelques années, traversant un soir l'église du Gésu, je passai devant un autel sous lequel un jeune saint (saint Louis de Gonzague, je crois) est représenté couché sur son lit funèbre.
Je ne suis qu'une pauvre ignorante, mais je suis bien sûre que cette statue n'est pas une oeuvre remarquable. Qu'est-ce donc qui fit tressaillir mon âme?
Pourquoi restai-je là si longtemps émue, absorbée comme devant une toute aimable réalité.
Alors, je n'en savais trop rien, mais aujourd'hui il me semble que ce charme profond qui m'avait tout à coup pénétrée, et que je ne savais pas définir, c'était la beauté céleste de la pureté sans tache.
Longtemps après que je fus sortie de l'église, cette figure si virginale et si paisible était encore devant mes yeux, et malgré moi mes larmes coulaient un peu.
Pourtant l'impression reçue avait été douce. Mais on ne touche jamais fortement le coeur sans faire jaillir les larmes.
Depuis, bien des jours ont passé, et n'est-il pas étrange que la pensée de cette jeune fille, qui a promis d'être ma protectrice, me rappelle toujours au vif ce souvenir presque oublié? Non, elle n'oubliera pas la promesse faite à l'ange qui lui a ouvert le ciel qui lui a donné mon nom.