22 octobre.

C'est un grand malheur d'avoir laissé ma volonté s'affaiblir, mais je travaille de toutes mes forces à le réparer. Comme le reste, et plus que le reste, la volonté se fortifie par l'exercice: on n'obtient rien sur soi-même que par de pénibles et continuels combats.

M'abstenir de ces rêveries où mon âme s'amollit et s'égare, ce m'est un renoncement de tous les instants.

Et pourtant, je le sais, si doux qu'ils soient, les souvenirs de l'amour ne consolent pas—pas plus que les rayons de la lune ne réchauffent. Mais enfin, j'ai pris une résolution et j'y suis fidèle.

La communion me fait du bien, m'apaise jusqu'à un certain point.

Parfois, un éclair de joie traverse mon âme, à la pensée que mon père est au ciel, mais ce rayon de lumière s'éteint bientôt dans les obscurités de la foi, et je retombe dans mes tristesses, tristesses calmes, mais profondes.

5 novembre.

Me voici de retour chez moi après une absence de quinze jours.

Je voulais revoir sa tombe, je voulais revoir Mina, et il est une personne que je n'avais jamais vue et dont la réputation m'attirait.

Je n'ai fait que passer à Québec, et, à mon extrême regret, je n'ai pu voir Mina, malade à garder le lit depuis quelque temps; mais j'ai pleuré sur sa tombe, cette tombe où il n'est pas, et je ne saurais dire si c'étaient des larmes de joie ou de tristesse, tant je m'y suis sentie consolée. Puis, j'ai pris le train de… qui me conduisait au monastère de…