C'est un grand bonheur d'approcher une sainte. Entre la vertu ordinaire et la sainteté il y a un abîme.

Devant elle, je l'ai senti, et j'oubliais de m'étonner de cette confiance très humble, de cette tendresse sacrée qui lui ouvrait son âme.

Où les anges prennent-ils cette adorable indulgence, cette ineffable compassion pour des faiblesses qu'ils ne sauraient comprendre?

Ma propre mère n'eût pas été si tendre. Je le sentais, et appuyée sur la grille qui nous séparait, je fondis en larmes. Elle aussi pleurait avec une pitié céleste. Mais sa figure restait sereine.

Comme elle est profonde, la paix de ce coeur livré à l'amour Cette paix divine, je la sentais m'envelopper, me pénétrer pendant que je lui parlais.

Ô radieux visages des saints! ô lumineux regards qui plongez si avant dans l'éternité, et dans cet autre abîme qui s'appelle notre coeur! qui vous a vus ne vous oubliera jamais.

Mais devant elle, je n'éprouvais ni gêne, ni embarras. Au contraire, son regard si calme et si pur répandait dans mon coeur je ne sais quelle délicieuse sérénité.

Oui, je suis heureuse d'avoir été là. J'en ai emporté une force, une lumière, un parfum, j'espère y avoir compris le but de la vie. Dans cette chère église, devant la croix sanglante qui domine le tabernacle, j'ai accepté ma vie telle qu'elle est, j'ai promis d'accomplir le grand commandement de l'amour. Ô cher asile de la prière et de la paix!

C'est avec regret que j'ai quitté ma chambre où d'autres âmes faibles sont venues chercher la force—où la Fleur du carmel a passé.—Là, je n'entendais rien que le murmure de l'Yarnaska coulant tout auprès. Ce bruit mélancolique me fournissait mille pensées tristes et douces.

Les vagues de la mer s'éloignent pour revenir bientôt, mais les eaux d'une rivière sont comme le temps qui passe, et ne revient jamais.