Vous n'ignorez pas comme j'ai désiré la réalisation du rêve de Maurice. Sans doute je savais que je passerais au second rang. Mais est-ce le second rang que je tiens? Y a-t-il comparaison possible entre son culte pour elle et son affection pour moi?
Il est vrai, qu'en revanche Angéline m'aime plus qu'autrefois elle m'est la plus aimable, la plus tendre des soeurs; mais naturellement je viens bien après son fiancé et son père.
Quant à celui-ci the last but not the least, qu'est-ce que cet aimable intérêt qu'il me porte? Je l'admets, dans ce coeur viril le moindre sentiment a de la force. Mais encore une fois, qu'est-ce que cela? Si vous saviez comme il aime sa fille!
Pour moi, je ne suis nécessaire à personne. Ma chère Emma, j'éprouve ce qu'éprouverait un avare qui verrait les autres chargés d'or, et n'aurait que quelques pièces de monnaie.
Mina.
(La même à la même)
Vous dites, chère amie, que la seule chose triste, ce serait d'être aimée par-dessus tout. Triste, est-ce bien là le mot? Disons redoutable, si vous le voulez, mais soyez tranquille, je suis bien à l'abri de ce côté. Sans doute, il est plus doux, plus divin de donner que de recevoir. Mais le désintéressement absolu, où le trouve-t-on?
Je vous avoue que votre citation de Fénélon ne m'a pas plu. Ce roi de Chine m'est resté sur le coeur. Quoi! c'est là que vous voulez arriver? Il viendra un temps où il vous sera parfaitement égal que je vous donne une pensée, un souvenir!
Je me suis plainte à M. de Montbrun, qui m'a répondu, non sans malice peut-être, que vous en aviez pour longtemps avant d'en être à l'amour pur et à la mort mystique.
Je vois qu'il trouve charmant que les rivalités mondaines n'aient pas refroidi notre amitié d'enfance. Il dit que nous avons du bon. Sur le papier, cela n'a pas l'air très flatteur, mais ce diable d'homme a le secret de rendre le moindre compliment extrêmement acceptable.