Oui, celui dont la sagesse infinie distribue chaque chose avec des poids et des mesures si justes, sait à merveille ce qu'il doit nous départir de ces deux grands luminaires, pour nous éclairer dans cette nuit d'obscurité qui nous environne. Il sait combien il en faut faire tomber de rayons sur nous. C'est pour cela, mes bons amis, (mais quand je voudrois vous le cacher, ne le voyez-vous pas), oui, c'est pour cela que ce désir vif, que ce souhait véhément que j'ai fait en votre faveur, n'étoit pas autre chose que les premières caresses insinuantes d'un écrivain, qui, à force de bienveillance, veut se captiver ses lecteurs revêches; à-peu-près comme un amant, qui, par ses cajoleries, veut, dans le silence, enjoler sa mijaurée de maîtresse.
Mais hélas! cette effusion de lumière se répandra-t-elle sur nous aussi promptement que je l'ai désiré! Je frissonne de crainte, quand je pense combien de milliers de voyageurs s'embarquent sans guide sur la route des sciences.
Les uns, surpris par la nuit, tâtonnent sans avancer.
Les autres, enveloppés de la même obscurité, tombent d'ornière en ornière. En voilà quelques-uns à la vérité qui se relèvent; mais c'est pour s'engloutir à quatre pas plus loin, dans quelque bourbier, ou se briser la tête contre le tronc de quelque arbre.
Ceux-ci se heurtent les uns contre les autres, se doguent comme des moutons, se renversent et se culbutent pêle-mêle.
Ceux-là vont à la file les uns des autres, comme une troupe d'oies sauvages.
Ici, c'est un poëte qui remporte prix sur prix, et qui n'en est pas moins hué.
Là, le peintre ne juge que par ses yeux; le ménêtrier ne consulte que ses oreilles. Stupides automates, ils ne sont animés que lorsque leurs passions sont excitées par la vue de quelque tableau, ou le son de quelque instrument. Toute leur existence dépend de ces passions factices: ils n'ont pas une pensée qu'elle ne soit l'effet de leur impulsion. Jamais ils ne se sont laissé conduire par des règles générales et permanentes: on diroit qu'ils sont nés peintres ou joueurs de violon.
Ici, c'est un fils du divin Esculape qui écrit un livre contre la prédestination, et qui fait peut-être un très-mauvais ouvrage.
Et dans cette alcove, c'est encore un frère de la faculté. Il est en pleurs et à genoux. Il demande pardon à une victime qu'il a eu la mal-adresse d'immoler à l'art de la phlébotomie; il lui offre une pension au lieu d'exiger de l'argent.